Guillaume le conquérant

C’est hier, entre 18h15 et 18h30, à la Cinémathèque française. Jour de fête avec la visite privée de l’exposition consacrée à Dennis Hopper, aux côtés de la ministre de la culture, Christine Albanel. En avant goût de l’ouverture de cette belle exposition. Dennis et Victoria Hopper, leur fils Henry, Julian Schnabel, Costa Gavras, Jean-Paul Rappeneau, Véronique Cayla, Bertrand Méheut, Agnès b., Pierre Rissient, Jean-Michel Arnold, Martine Offrroy, Sophie Seydoux, et beaucoup d’autres amis et personnalités. Et puis, la nouvelle commence à circuler tout bas : Guillaume Depardieu est mort ! Quelque chose comme le temps qui s’arrête. Dans l’euphorie d’une visite d’exposition, mélange de cohue et de plaisir, où chacun tente de se frayer un chemin parmi les caméras et les photographes, un véritable coup d’arrêt. A quoi bon ces rites, si l’on sait qu’ailleurs dans la ville, à Paris ou pas loin, un drame vient de se produire, qui nous touche et qui foudroie des gens, une famille, des personnes que l’on estime et admire. Les Depardieu.

Des quatre Depardieu, Guillaume était le seul que je ne connaissais pas. Mais je connaissais comme vous l’acteur. Et l’acteur était peut-être la meilleure partie de lui-même. Un être de chair et de sang, à vif. Un écorché. Il n’avait suivi aucune école de jeu, sauf celle qui consiste à se heurter aux murs, la tête en avant. Parcours atypique au possible, du genre à vous éviter à tout jamais la moindre tentation académique. Sa « méthode » – elle n’appartenait qu’à lui – a donné de beaux résultats. Car mine de rien, en moins de vingt ans à peine : une vraie filmographie. Quelques belles fidélités : Pierre Salvadori, Leos Carax, Josée Dayan… Un film unique : Ne touchez pas à la hache de Jacques Rivette. Le dernier film que j’ai vu de Guillaume Depardieu était réalisé par Pierre Schoeller : Versailles (sorti tout récemment). Premier film impressionnant, avec des personnages venus d’un autre monde. Des mutants. Ou alors des qui vivent totalement en marge du monde, dans la forêt, et qui s’inventent leurs propres règles. Chaque fois qu’ils essaient de passer de l’autre côté, de quitter l’âge de pierre pour revenir vers nous, quelque chose de plus fort qu’eux les en empêche. Beau film sombre.

Guillaume Depardieu était un enfant de Jean Cocteau. Un enfant terrible, et un chevalier sur sa monture. Erreur de paternité. On a trop dit de choses mesquines sur ses relations difficiles avec son père, notre grand Gérard. Pas envie de me mêler de cela. C’est leur histoire. J’aime trop les Depardieu, Gérard, Elisabeth et Julie, ces enfants de la balle pour… Juste envie de les serrer dans mes bras. Dans nos petits bras ridicules de cinéphiles.

13 Réponses à “Guillaume le conquérant”

  1. najehsouleimane a écrit :

    Oui, le temps s’arrête et c’est difficile à admettre que Gérard Depardieu, quoiqu’on ait pu dire, ne puisse plus serrer son fils entre ses bras. Et tous les siens aussi. Ce sera dur de revoir le visage de Guillaume au cinéma…

  2. Aris Jover a écrit :

    Je vous comprends quand vous prenez le deuil pour vos amis Depardieu, mais c’est un deuil privé qui ne concerne pas le public de la Cinémathèque. Ce qui le concerne, par contre, c’est la manière lamentable dont les abonnés ont été reçus ce soir pour l’ouverture du cycle Dennis Hopper. Un mur de fer, un mur de la honte, est tombé ce soir dans le hall de la Cinémathèque française pour séparer la foule des abonné(e)s fidèles des pipoles et des notables. La Cinémathèque fait aussi dans le sarkozisme… Il y a trente ans, à la fac de Censier, je vous ai connu plus libertaire et démocrate.
    Avec mes salutations affligées,
    Aris Jover

  3. Serge Toubiana a écrit :

    Trop de mots imprécis. Que vient faire là, le deuil des Depardieu ? Une affaire privée ? Certes mais Guillaume Depardieu était aussi un acteur. En cela je me sens concerné. Pour le reste, des grands mots: mur de la honte, mur de fer, « sarkozysme »… Vous avez le droit de décrire la Cinémathèque comme un horrible goulag, vous n’arriverez pas à me convaincre. S.T.

  4. Aris Jover a écrit :

    Salut Serge,
    Il est possible que j’ai utilisé des mots trop durs, hier soir, à propos de l’ouverture du cycle Dennis Hopper. Mais quand je parle de rideau de fer, il ne s’agit pas d’une métaphore, mais d’un événement réel dont de nombreux abonnés peuvent témoigner. Mercredi soir, le hall de la Cinémathèque française était coupé en deux par un authentique rideau de fer. D’un côté, les VIP, de l’autre les abonnés confinés comme du bétail. C’est vrai, ce n’est pas le goulag. Juste une discrimination de plus : d’un côté, les politiciens, les décideurs et autres notables ; de l’autre, les enfants du paradis qui viennent remplir la salle et faire la claque.
    La prochaine fois que les paillettes viendront organiser une soirée privée à la Cinématèque française, merci de nous en prévenir. Quand au buffet dinatoire, je le leur laisse bien volontié,
    Salut et fraternité,
    Aris Jover

  5. Serge Toubiana a écrit :

    Il ne s’agit pas d’un rideau de fer mais d’une porte coulissante, en bois, qui sépare en effet deux espaces. Hier, nous avions deux événements qui se chevauchaient. L’ouverture du cycle consacré à Dennis Hopper, avec son film : Out of the Blue, copie neuve tirée grâce à l’aide de la Fondation Thomson. Vous étiez dans la salle, vous avez donc vu et entendu les propos de Dennis Hopper, les miens et ceux de Costa Gavras, le président de la Cinémathèque. Je crois que c’était une belle soirée. Un peu plus tard, mais de manière quasi simultanée, nous organisions un dîner poiur lancer la création du « Cercle de la Cinémathèque », afin de réunir amis, personnalités, acteurs et cinéastes, dirigeants d’entreprises, pouvant nous venir en aide pour acquérir des collections, restaurer des films. On peut appeler ces gens des « notables », mais c’est là une vision réductrice. Tous les musées modernes ont développé ce genre de structure, en France comme aux Etats-Unis. Je ne sépare pas ces deux activités, je les vois comme complémentaires, et nécessaires au développement de notre Cinémathèque. Pour qu’elle garde son indépendance. Pour qu’elle puisse coninuer d’avoir des projets ambitieux liés au patrimoine, etc. Voilà pour ma petite mise au point. En dehors de tout esprit polémique. amicalement, S.T.

  6. Vince Vint@ge a écrit :

    Serge, il faudra penser à faire une rétrospective-hommage à Guillaume Depardieu à la Cinémathèque française. Bien sûr, vous commencerez par les débuts (‘Tous les matins du monde », les films de Salvadori…) pour continuer avec l’incandescent  » Pola X  » (1999) de Leos Carax et finir avec ses dernières pépites :  » Ne touchez pas la hache  » (2007) de Rivette,  » La France  » (2007) de Bozon,  » Versailles  » (2008) de Schoeller et  » De la Guerre  » (2008) de Bonello. On compte sur vous. Votre titre  » Guillaume le conquérant  » pourrait servir de  » programme  » pour cette rétrospective-hommage. Ce rendez-vous avec le regretté Guillaume (1971-2008) est-il possible entre les murs de la Cinémathèque française ?

  7. michèle collery a écrit :

    Bonjour monsieur Toubiana
    …et moi je m’agace un peu de voir qu’un érudit en cinéma comme vous, n’écriviez pas correctement le titre que Rivette s’est donné la peine d’expliquer maintes et maintes fois : » Ne touchez pas la hache « .
    L’émotion peut-être ?
    Bien à vous
    M.C.

  8. NathB a écrit :

    Vous écrivez: « Des quatre Depardieu, Guillaume était le seul que je ne connaissais pas. Mais je connaissais comme vous l’acteur. Et l’acteur était peut-être la meilleure partie de lui-même »
    Vous ne connaissiez pas Guillaume Depardieu mais cela ne vous empêche pas de décider que « l’acteur était peut-être la meilleure partie de lui-même ». A quoi ça rime ce genre de propos à la limite de l’insulte ?

  9. Serge Toubiana a écrit :

    Merci d’avoir rectifié le titre du film de Jacques Rivette: Ne touchez pas la hache. J’ai été un peu vite…
    Aucune insulte dans mes propos, ce n’est pas mon genre.
    Une rétrospective Guillaume Depardieu à la Cinémathèque ? Trop tôt pour en parler. S.T.

  10. michèle collery a écrit :

    d’accord avec Vince, ce serait une magnifique idée une rétrospective Guillaume Depardieu à la cinémathèque. 37 ans avec une jambe en moins, quelle carrière quand même !
    NathB : je pense que ce que voulait dire Serge, c’était que son métier d’acteur lui avait offert le bonheur qu’il ne savourait peut-être pas dans la vie réelle ?

  11. Vince Vint@ge a écrit :

    Serge, c’est très dur de vous joindre facilement. Je veux dire de vous joindre pour des raissons professionnelles, et dans l’idée de rendre très vivant un lieu d’échanges comme la Cinémathèque. Avez-vous une adresse e-mail – standard, mais qui vous arrive bien ! – auquelle on peut vous joindre ? A l’époque des ‘Cahiers’, je me souviens qu’on parvenait à vous joindre sans barrage.
    Merci de me répondre, via ce blog.
    Vince Vint@ge

  12. Serge Toubiana a écrit :

    Je suis facilement joignable, contrairement à ce que vous dîtes. Et souvent là, parmi les spectateurs qui fréquentent la Cinémathèque. s.toubiana@cinematheque.fr

  13. barbieri luciano a écrit :

    signor Serge Toubiana.
    lei è molto gentile e la ringrazio di cuore per la sua precisazione.
    adesso cerchero di ripetere il commento, anche se non so se sarà esplicito come l’altro.
    forse quello che dico non è attinente al vostro blog o argomento a cui si riferisce.
    ma è solo un mio pensiero di un attore un po amareggiato, per gli sbagli commessi.
    allora innanzitutto sono molto dispiaciuto per la sua sconparsa ,cosi giovane e sarei molto contento se eventualmente farete una retrospettiva su lui naturalmente invitando anche me se possibile.
    bene io penso che la sconparsa dipenda un po dal sistema ,intorno a noi attori, cosi duro e perfido, dove tutto diventa difficile e conplicato ,specialmente nei momenti infiniti di solitudine, ancor di piu avendo un nome da onorare.capisco Guillaume Depardieu ,per la sua smania di fare successo, purtroppo ha avuto sfortuna,inoltre forse era un tipo ,un po trascurante della sua persona,ma io non lo conoscevo di persona perciò non voglio giudicare. a volte gli attori tendono sempre ad andare controccorente, creandosi dei guai,per il sistema o il modo di pensare della gente di chi si dedica a l’arte,il quale dovrebbe essere piu proteggente per lui e per tutti gli attori.
    spero abbiate capito il senso del mio pensiero, e mi scuso se forse sto dicendo delle cose inesatte, ma è solo una mia opinione e nientaltro.

    Je vous remercie vivement pour votre précision. Je vais essayer de répéter mon commentaire, même si je ne sais pas s’il sera aussi explicite.
    Ce que je souhaite dire ne concerne pas complètement votre blog. Ce dont je souhaite vous parler est en quelque sorte la réflexion d’un acteur un peu triste par les erreurs passées commises.
    Je suis triste de cette disparition si précoce. Je serais ravi que vous organisiez une rétrospective dédiée à cet acteur, et que vous m’invitiez pour l’occasion si possible.
    Je pense que cette disparition est due au système dans lequel nous sommes, nous acteurs, un sustème dur et perfide où tout est si difficile et compliqué, surtout lors des moments de solitude. C’est encore plus dur lorsque l’on doit porter le poids d’un nom comme celui de Depardieu. Il n’a pas eu de chance, c’était quelqu’un de négligé mais je ne le connaissais pas, donc je ne veux pas juger. Les acteurs ont tendance à être à contre-courant, ce qui leur crée des problèmes. Ils sont dans un système particulier, celui des gens qui dédient leur vie à un art qui devrait être plus protecteur pour tous les acteurs.
    J’espère que vous avez compris mon raisonnement, et je m’excuse si je dis des choses inexactes, mais il s’agit juste de mon opinion et rien d’autre.

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