Gérard Depardieu reçoit le prix Lumière 2011 à Lyon

Retour à Lyon, ce samedi, pour l’hommage à Gérard Depardieu, qui recevait hier soir le Grand prix Lumière 2011 pour l’ensemble de son œuvre. Dans l’après-midi, dans une des salles du Pathé Bellecour archi pleine, l’acteur est venu présenter Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat, Palme d’or au Festival de Cannes en 1987. Depardieu évoqua le tournage, la méthode, ou plutôt l’absence de méthode de Pialat, qui commençait à tourner lorsque la feuille de travail était épuisée, en fin de journée. Le reste du temps, ça parlait, ça parlait, ça riait, Pialat ayant tout un art de différer le moment de tournage. D’attendre la bonne heure, que lui seul percevait et qui ne correspondait jamais avec les horaires prévus. Daniel Toscan du Plantier, le producteur du film, lorsqu’il venait sur le tournage (dans le Nord, non loin de Boulogne-sur-Mer) trouvait souvent l’équipe technique occupée à ne rien faire, et Pialat et Depardieu en train de manger, de boire des coups, de discuter. De tout et de rien. De la vie qui passe. Et puis, dans un sursaut d’énergie, l’équipe se mettait en place et les scènes se tournaient en deux heures, tardives et supplémentaires, plutôt qu’en huit comme prévu. Pialat avait ce don – qui en irritait plus d’un – de laisser entrer la vie, mais aussi les crises, sur son plateau de tournage. Il avait en horreur que les choses se déroulent normalement, comme prévu, dans une sorte d’indifférence ou de routine ; il fallait qu’au moment où « ça tournait », quelque chose d’exceptionnel se déroule et vienne perturber la scène. C’était tout l’art de Maurice Pialat.

Depardieu a évoqué hier une des scènes parmi les plus intenses du film, celle où Pialat (qui joue Menou-Segrais) dit à L’abbé Donissan (Depardieu), au moment où celui-ci le quitte pour aller rejoindre la nouvelle paroisse où il est affecté, cette fameuse phrase de Bernanos : « Comme je me sens vieux, comme je me sens peu fait pour l’être. Jamais je ne veux savoir être vieux ». Pendant la prise, le cheval attaché à la carriole qui doit emporter Depardieu se met à chier. La prise faite, l’acteur se croit obligé de dire au metteur en scène : « Il a chié. Quoi ? Le cheval, il a chié. » Au-delà de l’anecdote – qui fit rire toute la salle – il y aurait ceci de plus sérieux à dire à propos du film, l’un des quatre réalisés par Pialat avec Depardieu : dans Sous le soleil de Satan, c’est presqu’autant Gérard Depardieu qui dirige Maurice Pialat acteur que l’inverse. Car Pialat n’était pas vraiment rassuré de jouer le rôle de Menou-Segrais et, si l’on revoit le film, et tout particulièrement cette scène des adieux, on voit bien dans le regard de Pialat acteur qu’il cherche de manière à peine visible l’acquiescement de son acteur. C’est aussi le miracle de ce film, pur joyau du cinéma français.

Le soir, après la projection de La Femme d’à côté, Bertrand Tavernier a prononcé un très bel hommage à Depardieu, sincère, profond, émouvant. Voyant chez cet acteur, sous la couche apparente de la force et de la puissance, la fragilité et la grâce. J’ose ajouter l’enfance. La bande annonce, longue de plusieurs minutes et faite d’une multitude de courts extraits de films dans lesquels Depardieu a joué, donnait en quelque sorte le vertige. Combien de films ? Combien de rôles ? Impossible de les compter tous. Depardieu a tout joué, il est passé par tous les états possibles, états d’âme, états physiques, jeune et moins jeune, jeune premier et acteur confirmé, jouant les voyous, les rebelles, généreux avec le cinéma, Tout le Cinéma : passant d’un genre à l’autre, d’une époque à une autre, de Pialat à Truffaut, de Ferreri à Corneau et Rappeneau, de Veber à Duras, de Miller à Blier, sans oublier Bertolucci, Sautet, Wajda, Rouffio, Zidi, Girod, Berri, Téchiné, Ozon, Giannoli, plus récemment Chabrol et tant d’autres encore. Incroyable disponibilité, incroyable capacité de métamorphose, incroyable humilité, et grande fidélité à lui-même et à une langue d’acteur. Par-delà les changements et la fuite du temps. Dans l’immense amphithéâtre du Centre de Congrès, devant 3000 spectateurs émus et enthousiastes, l’acteur reçut des mains de Fanny Ardant, avec humilité et humour – deux traits de son caractère – le prix Lumière 2011, entouré de nombreux amis rassemblés sur la scène. Il remercia la ville de Lyon et le Festival Lumière, ses organisateurs ; il y avait une tonalité grave dans ses propos, sans doute le spectre de « ses chers disparus » – Pïalat, Truffaut, Corneau, Ferreri… Il évoqua Truffaut qui tourna dans l’urgence La Femme d’à côté, tout à la joie de diriger Fanny Ardant dans son premier rôle au cinéma, et de filmer ce couple à l’écran : « ni avec toi ni sans toi ». Sur scène Depardieu tenait l’actrice contre lui, immense et protecteur. C’était beau à voir.

2 Réponses à “Gérard Depardieu reçoit le prix Lumière 2011 à Lyon”

  1. Laurent a écrit :

    Oui voilà, « c’était beau à voir ». Tout est très bien résumé par cette phrase! Soirée pleine d’émotion, comme à chacune des remises de prix Lumière qu’il y eu jusqu’à présent. Ca fait plaisir ces rares moments.

  2. Meilleurs Films a écrit :

    Le festival Lumière, une très belle initiative !

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