Mohammad Rasoulof en visite à la Cinémathèque

Ce matin, Costa-Gavras, président de la Cinémathèque française, et moi-même recevions la visite amicale de Mohammad Rasoulof, accompagné de Mohammad Reza Moini, son monteur. Mohammad Rasoulof est à Paris à l’occasion de la sortie en salles d’Au revoir, son dernier film présenté en mai dernier au Festival de Cannes où il reçut le Prix de la mise en scène dans la section « Un Certain regard ». La présence de Mohammad Rasoulof à Paris est en soi un événement. On sait que le cinéaste, comme son ami Jafar Panahi, est condamné à six ans de prison. Tous deux sont en attente d’une décision de justice, après qu’ils aient fait appel.

Au revoir sort aujourd’hui en salles : c’est l’histoire d’une jeune avocate à Téhéran, empêchée d’exercer son métier. Elle tombe enceinte et décide de tout faire pour quitter son pays, tandis que son mari, journaliste, vit dans la clandestinité. C’est un film à voir, d’une grande rigueur dans la mise en scène, interprété par une actrice de grand talent, Leyla Zareh (voir mon blog du 23 mai 2011).

Mohammad Rasoulof a réalisé ce film avec très peu de moyens et dans l’urgence, alors même qu’il était dans le collimateur de la justice iranienne. Une fois son film terminé, il avait pu le transmettre au Festival de Cannes sans attendre l’autorisation des autorités de son pays.

Au même moment, Jafar Panahi réalisait lui aussi un film, avec son ami Mojtaba Mirtahmasb : Ceci n’est pas un film. Ce film fut également projeté lors du dernier Festival de Cannes, sans que Jafar Panahi ni Mojtaba Mirtahmasb n’aient pu accompagner leur film, empêchés par les autorités iraniennes. Ceci n’est pas un film, qui sort le 28 septembre en salles, sera montré en avant-première le 19 septembre à la Cinémathèque, à l’invitation du Festival de Cannes, de la SACD et de la Cinémathèque française.

Nous avons appris, lundi 5 septembre, que Mojtaba Mirtahmasb, qui se rendait à l’aéroport avec sa femme et son fils, a été empêché de prendre un avion pour Paris. Les policiers lui ont confisqué son passeport, de même que ses affaires personnelles, ordinateur, portable, carnet de notes. Sa femme et son fils ont pu prendre l’avion et se trouvent à Paris. Mojtaba Mirtahmasb avait l’intention d’accompagner son film à Paris, avant d’aller à New York et Londres où il est invité par des grands festivals. Cette situation est plus qu’alarmante parce qu’elle montre une fois encore l’acharnement des autorités iraniennes à réprimer les cinéastes, à leur interdire de quitter le pays, et à censurer leurs œuvres.

Mohammad Rasoulof nous a dit qu’il avait deux projets de film, dont l’un se déroulerait en partie en Iran, en partie au Canada, et traiterait de la vie d’exilés iraniens. Nombreux sont ceux qui, parmi les intellectuels, les professeurs, les ingénieurs et les techniciens, les avocats, ont choisi de s’exiler. Ces hommes et ces femmes aiment leur pays, mais n’ont plus confiance dans l’avenir. Espérons que Mohammad Rasoulof pourra mener à bien ses projets en toute liberté. La Cinémathèque continuera d’affirmer son soutien aux cinéastes iraniens, en dénonçant la censure et les menaces d’emprisonnement qu’ils ont à subir en permanence de la part du pouvoir politique en place.

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