Fermeture très provisoire

La Cinémathèque française a fermé ses portes le 31 juillet, comme chaque été depuis 2006. Faut-il fermer en août ? La question s’est posée. Nous avons pensé que cela était préférable. Que le bâtiment construit par Frank Gehry avait besoin de souffler un peu. Opportunité d’y faire des travaux ou aménagements, pour un meilleur confort du personnel et surtout du public.

La Cinémathèque reprendra ses activités dès le 27 août. Avec une rétrospective consacrée à Mitchell Leisen. Celle-ci sera en quelque sorte le pendant symétrique de l’hommage rendu l’an dernier à Preston Sturges. Leisen et Sturges sont deux cinéastes (nés la même année : 1898) que l’on associe souvent dans la comédie américaine, l’un ayant réalisé des films tirés de scénarios du second (Easy Living ou Remember the Night). Un même esprit loufoque, un don très sophistiqué, un ton caustique, un comique dévastateur bravant toute morale, à l’opposé de celui moralisateur de Frank Capra, leur contemporain. Mitchell Leisen a d’abord été costumier et décorateur avant de devenir metteur en scène. Ses films les plus connus : Easy Living, La Baronne de Minuit, A chacun son destin… Il a été, tout comme Sturges, l’un des cinéastes hollywoodiens les plus importants des années 30 et 40, parmi les mieux payés. Cette rétrospective Leisen durera près de deux mois. De quoi se réjouir.

Je ne vous dirai rien d’autre concernant notre programme de rentrée. Ce n’est pourtant pas l’envie qui me manque. Mais, avec Costa Gavras, nous donnerons une conférence de presse le 1er septembre au cours de laquelle nous dévoilerons toute la programmation de la saison 2008-2009. Y compris le thème des deux très belles expositions temporaires qui rythmeront cette saison. Vous aurez, j’en suis certain, de belles surprises.

Cette programmation sera dense, ouverte, très diverse. C’est l’orientation que nous avons souhaité, avec Jean-François Rauger, directeur de la programmation, Bernard Benoliel, directeur de l’action culturelle, Matthieu Orléan, en charge à mes côtés des expositions temporaires. Ainsi que tous les autres collaborateurs de la Cinémathèque. Nous sommes les uns et les autres partis en vacances, fin juillet, en ayant bien préparé cette rentrée.

C’est peut-être ce qu’il y a de plus nouveau dans la « nouvelle » Cinémathèque de Bercy : cette nécessité de prévoir bien à l’avance nos programmations, nos expositions, nos cycles de conférences, nos éditions, etc. Monter une exposition temporaire demande plus d’un an de travail. Il faut d’abord choisir le thème, envisager son nécessaire développement, choisir le ou les commissaires, effectuer le choix des différentes pièces qui seront exposées (tableaux, documents, photos, extraits de films, etc.), procéder au choix d’un ou d’une scénographe, passer les différents marchés publics, se préoccuper des assurances, du transport, des questions juridiques, sans oublier l’édition d’un catalogue : tout cela relève, toute proportion gardée, d’une réelle économie de tournage.

De même, les nombreuses programmations de films, souvent des intégrales, nécessitent un long travail de recherche de copies. Celles-ci proviennent soit de nos collections, soit d’autres cinémathèques et archives, amies, avec lesquelles nous avons l’habitude de travailler. Ou encore de distributeurs, quand les films sont encore en distribution. Le fait de programmer longtemps à l’avance présente évidemment l’avantage d’anticiper toutes ces recherches. Sans parler du problème du sous-titrage, car très souvent, les films sont en version originale non sous-titrée.

L’exposition consacrée à Georges Méliès se poursuivra à la rentrée. Elle connaît un succès certain (déjà 30.000 visiteurs), de nombreux groupes scolaires l’ont déjà visitée, d’autres sont inscrits pour septembre et octobre ; la visite est souvent accompagnée d’ateliers consacrés au cinéma du génial créateur des effets spéciaux.

Je vous donne rendez-vous le 27 août, autour de Mitchell Leisen. Et le 1er septembre, lors de la conférence de presse où sera dévoilée toute notre programmation 2008-2009. D’ici là bonnes vacances.

 

6 Réponses à “Fermeture très provisoire”

  1. Vincent a écrit :

    Merci,
    Pour ce travail de création que vous faites avec la (vivante) matière du cinéma. Ce travail sur présent, futur et passé (quelle merveilleuse cuisine de combiner ces trois-là) qui nourrit nos âmes avides d’étonnements, de perpétuelles redécouvertes, souvent nous repartons chez nous éblouis (oh, Lola Montès !), comblés plein de gratitude à l’égard de tous ceux qui font « tourner’ la Cinémagithèque.

  2. mhr a écrit :

    L’encore jeune Cinémathèque de Bercy est une réussite. Un vieux spectateur de Chaillot, Pompidou, République, Grands Boulevards, s’y trouve bien et apprécie le sang nouveau qui circule. Un seul mauvais souvenir: NOSFERATU « accompagné » de musique en direct. Par ailleurs, que devient Jacques Rozier, aperçu lors de la projection du Petit Théâtre de Jean Renoir aux Grands Boulevards en 2005 ?

  3. Hélène a écrit :

    Je suis une encore plus vieille spectatrice puisque j’allais à la Cinémathèque de la rue d’Ulm, avec ses fauteuils inconfortables et grinçants. J’avoue une certaine nostalgie… Vous faites du beau travail, mais c’est un peu dommage de contribuer au désert parisien du mois d’août, et c’est en décalage avec l’évolution des habitudes de vacances des Français. A Bruxelles, la cinémathèque ne ferme pas en été, elle continue même ses projections hebdomadaires de films muets accompagnés par un pianiste.

  4. Anne-Laure a écrit :

    S’il n’y avait pas de fermeture, il n’y aurait pas de pause permettant de se remémorer, sur un coin de plage ou au café, toutes les émotions de l’année passée. S’il n’y avait pas de fermeture il n’y aurait pas cette formidable occasion de lézarder sur ces beaux souvenirs, de les revivre un peu en s’en souvenant… Pas de manques non plus, de celui qui crée l’envie. Et puis, partir, permet de renouveler le regard, c’est important. Aller voir ailleurs pour revenir plus riche… Sans fermeture, il n’y aurait pas de rentrée non plus. Un peu anxiogène, ce moment est aussi le signe d’un nouveau début car on espère tellement en l’année à venir. Il faut dire que celle-ci est, par essence si pleine de promesses !

  5. Jérôme Segal a écrit :

    Tout de même, une si longue fermeture, ce n’est pas très conforme à l’image que je me fait de l’espace réservé aux chercheurs… qui devrait être au niveau international. Cet espace devrait être ouvert tout l’été, avec éventuellement quelques jours de fermeture autour du 15 août.

  6. Serge Toubiana a écrit :

    Ouvrir l’espace chercheurs durant l’été supposerait d’ouvrir d’autres services. Nous avons fait le choix de tout fermer, ce qui nous paraît plus cohérent.
    La Cinémathèque Royale de Belgique est en travaux. Elle est donc fermée. Sa réouverture est prévue avant la fin de l’année en cours. Elle sera plus belle, plus accueillante ! Je m’en réjouis.
    Parler de désert parisien en août est pour le moins étrange : toutes les salles sont ouvertes et programment des nouveautés, sans parler des salles Art et Essai. Le cinéma continue, c’est une évidence. S.T.

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