Elle s’appelle Mahnaz Mohammadi, elle est cinéaste et elle est en prison

Mahnaz Mohammadi à la Cinémathèque, le 13 juin 2010

Mahnaz Mohammadi à la Cinémathèque, le 13 juin 2010

— — —

Elle s’appelle Mahnaz Mohammadi, elle est jeune, brune et belle. Elle est cinéaste (Femmes sans ombre) et défend activement, courageusement, la cause des femmes dans son pays. Elle a été arrêtée dimanche 26 juin à Téhéran, après la perquisition de son domicile par la police iranienne, puis enfermée dans la prison d’Evin, au nord de Téhéran, dans le secteur 209 qui appartient aux gardiens de la révolution, le bras armé idéologique du régime iranien. Les militants politiques qui ont fait de la prison en Iran connaissent bien le secteur 209 où le régime est très sévère.

Mahnaz Mohammadi était venue à la Cinémathèque française le 13 juin 2010 participer à une « Journée à Téhéran ». Elle y avait présenté son film Travelogue, et participé à une table ronde sur la situation du cinéma dans son pays aux côtés de Marjane Satrapi, Rafi Pitts, Nader T. Homayoun, Sou Abadi et les actrices Golshifteh Farahani et Behi Djanati-Atai.

Je me souviens que lorsque Mahnaz avait pris la parole pour évoquer la situation des femmes dans son pays et faire état de ses propres difficultés à réaliser des documentaires, les larmes coulaient sur ses joues. Le public nombreux qui remplissait la salle Henri Langlois était ému, bouleversé. Nous étions suspendus à ses propos : allait-elle avoir la force de continuer ? Oui, elle poursuivit, tenant à témoigner. J’avais la gorge serrée, ressentant une incroyable émotion à voir et entendre cette jeune femme, assise à mes côtés, faire preuve d’un tel courage, inquiet du fait qu’elle prenait des risques à s’exprimer ainsi, librement.

Lors du dernier Festival de Cannes, Mahnaz Mohammadi ne put obtenir l’autorisation des autorités iraniennes d’accompagner le film dans lequel elle joue le rôle principal, Noces éphémères, réalisé par Reza Serkanian. Elle adressa un message, lu par Costa-Gavras : « Je suis une femme, je suis cinéaste, deux raisons suffisantes pour être coupable dans ce pays. Actuellement, je réalise un nouveau documentaire sur les femmes de mon pays. Le combat des femmes pour leur identité est un élément incontournable de leur vie de tous les jours… et la liberté est le mot qui manque le plus à leur quotidien. J’aurais vraiment aimé être parmi vous, chers amis. Hélas, n’ayant pas l’autorisation de sortir de mon territoire, je suis privée de partager cette joie avec vous. Mais j’attends toujours et j’ai de l’espoir ».

Décidément, le cinéma n’a pas l’heur de plaire aux autorités iraniennes. Se sentent-elles tellement affaiblies, tellement désavouées, pour s’autoriser à bafouer ainsi la liberté d’expression d’artistes et de militants des droits de l’homme et mettre en prison une cinéaste, sans le moindre chef d’accusation ?

Une pétition a été lancée exigeant la libération immédiate de Mahnaz Mohammadi et dénonçant les attaques faites à la liberté d’expression et de création dont sont victimes de nombreux cinéastes iraniens.

Pour signer cette pétition, allez sur :

http://www.la-srf.fr/petitions

13 Réponses à “Elle s’appelle Mahnaz Mohammadi, elle est cinéaste et elle est en prison”

  1. Reza Serkanian a écrit :

    Merci Serge pour ce texte émouvant, et pour rappeler ce moment fort avec Mahnaz dans la salle Henri Langlois. Depuis, j’ai été régulièrement en contact avec elle, au courant du documentaire qu’elle était en train de tourner. Elle me faisait part de son inquiétude suite aux témoignages qu’elle avait réussi à filmer, car ces images ont été découvertes quand on lui avait confisqué son ordinateur. On attendait le drame du 26 juin depuis longtemps. Mais j’ai décidé de garder l’espoir comme elle.
    Amitiés, Reza

  2. Elmouhiùa Mohamed Abdelilah a écrit :

    Suite à cette arrestation illégitime, je ne peux que maudire les personnes ou institutions qui s’abritent derrière cet acte injuste; éprouve du caractère le rayonnement de la créativité et de l’art humain dans ce pays riche culturellement.
    Je déclare alors mon soutien à la concernée; et j’ajoute ma voix aux milliers qui revendiquent sa libération immédiate et sans condition.

  3. Michel Andrieu a écrit :

    Serge, quel beau texte émouvant qui fait écho à la rage et à l’impuissance que l’on ressent. Néanmoins on essaye de bouger en espérant.

    Michel

  4. lilitomlin a écrit :

    Très bon article, mais cette jeune femme ne milite pas pour les « droits de l’homme », mais les droits humains. Ce n’est pas un détail que de vouloir inclure toute l’humanité dans les droits fondamentaux inhérents à chaque personne humaine.

    Sororalement.

  5. Zarzour a écrit :

    Merci Monsieur Toubiana pour ce message sensible et humain… merci de nous faire partager ces instants fébriles où la conscience humaine est bouleversée par des paroles de femmes, de jeunes femmes, belles et courageuses, qui défient un régime totalitaire exécrable… Que fait Sid Ahmed Ghozali… Qu’en pense Yasmina Khadra ? Iront-ils à Téhéran plaider la cause de cette jeune fille admirable? ils en ont le droit. Ils en ont le devoir… Courage Mahnaz… au fond de ta geôle obscure, je sais que tu résistes mieux que mille hommes libres du monde et plus que 10.000 intellectuels Arabo-Musulmans…

  6. Julie Bardoux d'Eaubonne a écrit :

    On se sent si proche et si loin à la fois… En espérant que l’ensemble des signataires de la pétitions puissent faire vibrer la terre jusqu’à elle et lui faire part de notre soutien, en espérant également que ses signatures aient le pouvoir face aux autorités.

  7. ISABEL COSTA a écrit :

    J’ai signé votre pétition et je l’ai partagé avec mes ami(e)s de facebook. C’est une bonne initiative. En plus, j’ai appris que le Ministère de Culture français a émis un communiqué de presse condamnant les dernières détentions de femmes en Iran. L’UNESCO a été contactée, mais peut-être vous pouvez insister un peu. Et si vous contactez avec l’Union d’acteurs en Espagne et la CIMA (Femmes de cinéma en Espagne)? J’ai essayé, mais pour l’instant pas de réponse.
    Il y a une page de soutien à facebook: Get out Mahnaz of jail
    Du courage!

  8. Stéphane a écrit :

    Et j’ajouterais, M. Toubiana, que même si elle n’était ni jeune, ni brune, ni belle, il faudrait quand même réclamer sa liberté comme celle de tous les prisonniers d’opinion.

  9. Reza a écrit :

    Mahnaz Mohammadi, est sortie de la prison hier midi (27/07/2011). Cette libération est provisoire et contre le dépôt d’une caution. Son procès n’est donc pas encore clos. Mais au moins elle est à la maison…

    Mahnaz Mohammadi, was released from prison yesterday afternoon (27/07/2011). This release is provisional and against a deposit. His trial is not yet closed. But at least she is at home…

    PÉTITION POUR LA LIBERTÉ DE MAHNAZ MOHAMMADI! – Pétitions
    http://www.la-srf.fr

  10. ISABEL COSTA a écrit :

    En effet, c’est une très bonne nouvelle, tout comme la libération de Maryam Majd, Pegah Ahangarani… Mais il faudra continuer avec la campagne, sans oublier les autres prisonniers et prisonnières de conscience, comme c’est le désir – je pense – de Mahnaz Mohammadi.

  11. Mahnaz Mohammadi a écrit :

    It is always amayzing for me to discover such a firendly support from human like you
    My hope is comeback to cinematheque with new film
    Mahnaz Mohammadi

  12. serge toubiana a écrit :

    Dear Mahnaz, I hope that you are going well, after a so bad period. As you know, you are always invited to the Cinémathèque française. Yesterday I saw the Reza Serkanian ‘s movie, « Noces éphémères » : I like it very much and you are great in the film. warmest regards, Serge Toubiana

  13. Bigre a écrit :

    Pourquoi préciser qu’elle est belle ???

Laissez une réponse

*