Claudine Paquot, une amie de 30 ans

Hier matin, la nouvelle est arrivée jusqu’à moi par SMS. D’une sécheresse totale, absolue : Claudine Paquot n’est plus. Tant qu’à faire, je préfère que ce soit net et sans appel, comme une information brutale qui neutralise l’émotion. Une heure après, je n’ai pu retenir mes larmes, mesurant ce que la mort d’une amie a de choquant.

C’est vrai : Claudine n’est plus. Elle ne vit plus. Elle a cessé son combat contre une maladie qui l’avait envahie il y a trois ans, et contre laquelle elle a lutté de toutes ses forces – et dieu sait qu’elle en avait, des forces – croyant jusqu’au bout qu’elle pouvait vaincre. Claudine était une fille qui ne pouvait pas perdre, qui ne voulait pas perdre. Et pourtant…

Ses amis et ses proches, nous qui la connaissions depuis tant d’années, nous étions devenus les témoins impuissants, mais ô combien admiratifs, de son combat contre la mort. Claudine a lutté avec un courage et une vitalité qui nous impressionnaient, sans renoncer à vivre et à rire. Sans renoncer à rien. A aimer. Et à aimer passionnément son travail d’éditrice.

Je l’ai connue en 1977 grâce à une amie, Annie Cot, qui me l’avait recommandée. Claudine avait fait Sciences Po, les Cahiers du cinéma allaient se développer après des années de stagnation et de misère. Je l’ai engagée pour s’occuper de la photothèque. Son nom apparaît dans la revue en février 1978, sous l’intitulé « Documentation, Photothèque » figurant dans l’ours d’un numéro affichant une nouvelle formule proposée au lecteur. Claudine est arrivée au moment d’un nouveau départ, d’un nouveau projet qui nous paraissait essentiel et qui se devait d’être tenu. Elle fut d’emblée partante et le fut tout au long de ces trois décennies. Claudine n’avait peur de rien ni de personne, elle y croyait dur comme fer, ne se décourageant jamais, allant de l’avant, souvent avec une brusquerie qui n’entamait en rien son honnêteté et sa vaillance. Je n’ai jamais rencontré dans ma vie une personne aussi déterminée et fiable, à qui l’on pouvait confier les tâches les plus ardues : Claudine parvenait toujours au but, avec une sorte d’idée fixe, d’obstination et d’entêtement. Elle faisait corps avec la cause qu’elle avait décidé de servir. Cette cause, c’était les Cahiers du cinéma.

Quelque temps plus tard, je lui ai confié le secrétariat de rédaction, responsabilité qu’elle a assumée pendant plusieurs années, nous assistant, Serge Daney et moi, avec une loyauté sans égal. Claudine s’est prise de passion pour les Cahiers – elle disait « La Revue », ce qui désignait à la fois la chose, le lieu, la maison mère, l’église qui nous réunissait. Elle ne cessa dès lors de faire trait d’union.

Lorsqu’elle est tombée enceinte de Pierre, son premier fils, sa première réaction fut d’être catastrophée, calculant instantanément, à peine sortie du cabinet médical, qu’elle accoucherait pendant le Festival de Cannes, ce qui à ses yeux pouvait être préjudiciable à « la revue ». Plus tard, Alexandre est né, et elle fut une mère irréprochable, aimante envers ses deux fils et envers Philippe son mari.

Au sein de « la revue » Claudine devint le pilier, l’élément stable et organisateur, déployant une force de travail peu commune, jamais prise en défaut. Elle s’était mise en tête une fois pour toutes de faire en sorte qu’un groupe composé d’individualités disparates, ayant en commun la passion du cinéma, travaille en bonne entente en respectant quelques règles élémentaires. Tâche ingrate et difficile.  À l’intérieur de la bande, ce qu’on appelle une rédaction – Olivier Assayas, Alain Bergala, Jean-Claude Biette, Pascal Bonitzer, Jean-Louis Comolli, Michel Chion, Danièle Dubroux, Thérèse Giraud, Jean-Paul Fargier, Serge Le Péron, Yann Lardeau, Jean-Jacques Henry, Pascal Kané, Joël Magny, Jean Narboni, Jean-Pierre Oudard, Louis Skorecki, Guy-Patrick Sainderichin, Charles Tesson, sans oublier l’ami américain, Bill Krohn, fidèle correspondant à Los Angeles ; plus tard, la génération des Marc Chevrie, De Baecque, Frédéric Strauss, Nicolas Saada, Marie Anne Guérin, Hervé Le Roux, Bernard Benoliel, Thierry Jousse, Jean-Marc Lalanne, et tant d’autres -, Claudine était la cheville ouvrière animée d’une foi inébranlable. Comme dans toute bande, d’autant plus lorsqu’elle est à forte majorité masculine, les Cahiers étaient régulièrement tiraillés par des conflits ou des rivalités. Claudine en était témoin, évitant les jugements subjectifs, persuadée que « la revue » était notre cause commune, plus importante que tout, au-dessus de tout. Il y avait en elle un fond d’éducation catholique, et cela faisait du bien.

À la fin des années soixante-dix, nous avons souhaité développer un secteur d’édition ; il s’agissait d’accompagner la revue, enfin redevenue mensuelle, de hors-séries puis de livres. Jean Narboni en avait la charge et développa une collection prestigieuse en coédition avec Gallimard (La chambre claire de Roland Barthes, des textes de Jean Giono, Nagisa Oshima ou Jean Renoir sur le cinéma, le Nosferatu de Michel Bouvier et Jean-Louis Leutrat, L’homme ordinaire du cinéma de Jean Louis Schefer, Souvenirs écran de Claude Ollier, etc.). Au bout de deux ans, la décision fut prise de poursuivre seuls cette politique d’édition. Alain Bergala proposa alors de diriger une collection d’ouvrages sur la photographie – « Écrit sur l’image », inaugurée avec succès par Correspondance new-yorkaise de Raymond Depardon. Il y eut aussi les livres de Denis Roche, Jean-François Chevrier, Sophie Calle (Suite vénitienne, avec un texte de Jean Baudrillard), Le désert américain de Raymond Depardon… Narboni et Bergala lancèrent la collection « Écrits » (ceux de Roger Leenhardt, André Bazin, Rossellini, Rohmer, Dreyer, Serge Daney, Jean Douchet…) ; la collection « Auteurs » dirigée par Claudine et moi-même (une trentaine de titres), les beaux livres illustrés (le « Magnum Cinéma » et tant d’autres), le Godard par Godard, les nombreux essais (de Jacques Aumont, Dominique Païni, Michel Chion, Bernard Eisenschitz, Noël Simsolo, Jérôme Prieur, et tant d’autres), les auteurs au travail (Truffaut, Welles, Scorsese, Cronenberg, Eastwood, Godard, etc.). C’est elle qui lança la « Petite Bibliothèque des Cahiers du cinéma », format de poche reprenant de nombreux scénarios et rééditant des ouvrages déjà parus. Nous avions pris goût aux livres de cinéma et à l’édition. Elle plus que d’autres. Et si le catalogue des ouvrages publiés par les Cahiers est aujourd’hui si dense et si foisonnant, c’est dans une très large mesure à Claudine Paquot qu’on le doit. Et je sais que pour de nombreux auteurs, le travail de Claudine au corps à corps avec les manuscrits fut décisif. Elle y mettait toute son âme.

J’ai néanmoins le souvenir d’avoir dû me battre pour la convaincre de quitter le secrétariat de rédaction des Cahiers, pour prendre en charge l’édition. Je savais que Delphine Pineau, qui lui succéda, s’en acquitterait parfaitement. Ce fut pour Claudine un crève-cœur de s’éloigner de « la revue ». J’avais beau lui dire que, tout au contraire, elle ne s’en éloignait pas puisqu’elle aurait tout loisir de s’en inspirer pour imaginer de nouveaux projets en s’appuyant sur un noyau de rédacteurs qui ne demandaient qu’à écrire des livres sur le cinéma, je voyais qu’elle résistait. Je ne regrette pas de le lui avoir imposé, persuadé qu’elle avait des qualités essentielles pour devenir éditrice.

L’histoire des Cahiers du cinéma est évidemment noueuse et complexe, souvent marquée par des déchirements, des brouilles et des réconciliations, le départ et l’arrivée de rédacteurs, la coexistence des « anciens » et des « nouveaux », la disparition tragique de figures essentielles – Serge Daney, Alain Philippon, Iannis Katshanias, Philippe Arnaud, plus tard Jean-Claude Biette. Tout cela recouvre plus de trente ans de notre histoire. Le point fixe c’était Claudine Paquot, fidèle à son engagement de servir « la revue ». Elle le fit également en s’occupant, avec Alain Bergala puis Thierry Jousse, des « Amis des Cahiers du cinéma », tache qui n’était guère facile, tout particulièrement au moment du rachat de la revue par Le Monde, puis récemment par Phaidon. Imperceptiblement, au fil des années, Claudine s’était identifiée à la revue, elle en devint la mémoire, faisant preuve d’une fidélité et d’une loyauté irréprochables. C’est ce que nous allons garder d’elle : sa foi, sa générosité, son courage, sa force de travail, son rire. Il n’y avait pas meilleur que cette femme, cette amie de trente ans.

Les obsèques seront célébrées mardi 28 juin à 14h30 à l’église Saint Ferdinand-des-Ternes, 27 rue d’Armaillé dans le 17è, puis à 16 heures au Cimetière Montmartre.

22 Réponses à “Claudine Paquot, une amie de 30 ans”

  1. chantal Akerman a écrit :

    Oui, Serge, moi aussi, j’ai mal. A bientôt, Chantal

  2. François Maillot a écrit :

    Merci Serge de ce beau portrait élégant et fidèle.
    A mardi pour entourer Claudine dans son dernier voyage.
    François

  3. Laurent Laborie a écrit :

    une précision, l’enterrement est à 16h au cimetière de Montmartre. LL

  4. Delphine Pineau a écrit :

    Merci, Serge, de ce bel hommage.
    Quand j’ai appris la si triste nouvelle, j’étais en train d’écrire quelques lignes sur « Tomboy » de Céline Sciamma pour ton blog, grâce auquel je venais de voir le film. J’y étais allée la veille, soir de la Fête de la musique, avec Claudine constamment en tête, sachant depuis l’après-midi qu’elle n’allait pas bien du tout. L’éclat, la force, la présence du jeune personnage principal (Laure / Michaël / Zoé Héran), je les ai perçus à l’aune de Claudine. La bande de teenagers marchant en discutant sur un pont en pleine nature ? Impossible de ne pas penser à l’admirable film de Rob Reiner que Claudine et Iannis Katsahnias aimaient tant. Et à son titre bouleversant : « Stand by me ».

  5. Hélène Frappat a écrit :

    Merci également pour cet hommage. C’est très beau et un peu réconfortant de voir à quel point Claudine vit dans la mémoire de tous ceux qui ont envie de lui rendre hommage (je pense aussi à la chronique de Jean-Marc Lalanne sur France culture mercredi soir). Amitiés, Hélène Frappat

  6. Marie Anne Guerin a écrit :

    Oui Serge, Claudine était là, toujours, et avec parfois ce singulier air rêveur, ailleurs, un air de stupéfaction, ininterprétable et attendant de nous un trait d’humour, une distance. Oui moi aussi je te remercie Serge de raconter Claudine.

  7. Marie Anne Guerin a écrit :

    Encore un mot Serge: Claudine n’est plus là et tu as raison, les autres disparus des Cahiers, sont encore davantage plus là, dur, c’est triste…

  8. zins a écrit :

    Serge ,
    Seule la disparition de Claudine, que je respectais et avec qui j’ai beaucoup appris, me donne l’envie de vous écrire. Elle et moi avons travaillé ensemble… et vous le savez.
    Elle avait la Passion du travail et elle était l’intelligence en action.
    Votre portrait est parfait
    Je garde de ces années-là un souvenir vif.
    Bien sincèrement
    Pierre Zins

  9. Vincent Pinel a écrit :

    Merci, Serge, pour ce beau portrait de Claudine. Je n’ai pas oublié les heures passées auprès d’elle à l’occasion de l’édition de deux livres. Elle était efficace, rapide, parfois d’une sympathique brusquerie. Son sourire éclairait le travail et le rendait agréable. Sa disparition m’attriste profondément.
    Vincent Pinel.

  10. Projection Publique » Mort d’une éditrice a écrit :

    […] Toubiana. Celui-ci, aujourd’hui directeur de la Cinémathèque, vient de publier sur son blog un juste et émouvant portrait d’elle. Avec Jean Narboni puis Alain Bergala, Claudine Paquot fut dès l’origine partie prenante de […]

  11. Bérénice Reynaud a écrit :

    Merci Serge, de ce beau portrait de Claudine. Je te remercie en particulier d’avoir insisté sur deux faits qui me paraissent capitaux. Le fait que la permanence du travail aux Cahiers (« la revue » comme « les éditions ») c’est par Claudine, la « cheville ouvrière », que ça passait. Et le fait que, malgré tout le travail qu’elle abattait, elle a toujours su trouver le temps d’être une amie fidèle pour ses amis, et d’être présente à sa famille, à son mari, à ses fils. Elle nous aura beaucoup donné à tous, et à eux en particulier, et nous sommes tous un peu orphelins aujourd’hui. Constance, loyauté, force, générosité, intelligence. Ces souvenirs nous resteront, comme les livres dont elle a assuré la publication. Entre deux traitements, elle retournait au travail; même quand elle ne pouvait pas sortir de chez elle, la table de sa salle de séjour était devenue une maquette de mise en page. « Ce que j’aime, c’est faire des livres », disait-elle.
    Oui, j’ai pleuré, je pleure encore, je suis si loin, j’avais espéré la revoir au cours de mon prochain séjour à Paris en septembre; toute ma sympathie va à Philippe, Pierre et Alexandre.
    Los Angeles, 24 juin, Bérénice Reynaud

  12. Bill Krohn a écrit :

    Cher Serge,

    Mauvaise nouvelle, longtemps attendue. Je savais depuis un moment que je n’allais pas revoir notre amie, et elle etait si peu Internautique que les communiqués devenaient rares même avant la dernière hospitalisation.
    En effet, mon dernier voyage à Paris a été organisé par Claudine, qui m’envoyait d’abord à Sarlat pour une conférence, puis au meeting des « Amis » auquel elle n’a pas pu assister finalement, puis chez elle pour faire mon bilan de l’enquête qu’elle m’avait demandé de faire sur les avis des uns et des autres concernant un éventuel rédacteur en chef. On a longuement parlé de ça, de l’édition, de Phaidon. Pas encore sortie d’un traitement assommant, portant sa perruque, elle faisait preuve d’une lucidité étonnante sur toutes les questions autour des Cahiers, qui étaient si peu claires pour moi à ce moment.
    Je ne savais pas, avant de lire ton blog, que Claudine et moi sommes arrivés presque au même moment. Je croyais vaguement qu’elle avait toujours était là ! Et je sais que la satisfaction qu’elle a dû sentir en voyant les numéros récents lui a permis de partir en sachant que la revue avait encore un bel avenir. Avec sa famille, c’était tout pour elle.

    Tu lui as rendu un bel hommage. Je vais ajouter ce mot. Et je vais suivre de loin les activités du Ciné-club Claudine Paquot: j’espère qu’il deviendra un peu comme l’ancien Action République, et un lieu de rencontres pour tous les clans disparates. Je crois que le cimetière Montmartre, à part le fait d’être proche du domicile Paquot, est très approprié pour elle parce que Truffaut y est enterré. Pour moi, elle avait la même importance pour la revue pendant 34 ans que lui à ses débuts. 34 ans, Serge ! Incroyable.
    Amities,
    Bill

  13. nicolas saada a écrit :

    Pour moi Claudine, c’est un jour de mai 1987: j’avais 21 ans et elle me recevait pour me proposer d’écrire la première et symbolique notule. « Là c’est la banette de projections, ici, c’est le bureau de Serge, là, c’est la phototèque. » Elle m’a tout de suite mis l’aise, donnant l’impression que j’étais le bienvenu. Elle était en mouvement, avec sa voix si mélodique et sonore, ponctuée d’éclats de rire. Mais les éclats de rire sont venus plus tard, quand j’ai compris que Claudine aimait bousculer un peu le sérieux qui parfois traversait les couloirs du passage de la Boule blanche. On a eu de très gros fou rires. Et puis elle a fait des Cahiers un lieu, un vrai lieu de rencontres: souvent, avant le commencement d’un comité de rédaction, elle nous annonçait la venue d’un cinéaste ou d’un correspondant. La revue était un lieu vivant et convivial. On s’est rapproché au fil des années et la complicité est devenue grande, grâce à notre amour du cinéma américain, et notre enthousiasme partagé à l’idée d’aller à la rencontre des réalisateurs. Elle m’a encouragé dans mon travail.
    Quand elle a pris la responsabilité des éditions, Claudine a atteint une légitimité qu’elle n’avait jamais donné l’impression de demander. Une fois dans ces « fonctions », elle est restée aussi naturelle qu’auparavant, gardant un oeil averti sur les films en salles, histoire de toujours donner son « grain de sel ». Je me souviens que parfois, elle me prenait à part en me disant: « Mais Nicolas, vous avez tous déconné un peu sur ce film, il est vachement bien. » Et elle argumentait avec une précision et un enthousiasme qui me laissaient admiratif. Elle écrivait autant sur le cinéma que nous tous, mais à sa manière. Et son avis parfois comptait autant que ceux des grandes plumes de la revue.
    Pendant les moments difficiles de la vente des Cahiers, il y a trois ans, elle était présente aux réunions, toujours: je la savais malade. Et autant les grandes années des Cahiers avaient sur elle un impact formidable, autant ce moment difficile de la revue reste pour moi indissociable de sa fatigue. Je n’ai pas de pudeur ni de honte à dire que j’en ai beaucoup voulu à cette crise, parce que j’ai eu la sensation qu’elle affectait fortement Claudine, en profondeur. Elle semblait encaisser les coups, et on voyait aussi que le moment était pour elle d’une grande violence. Trop grande. Parce qu’elle avait fait de cet endroit un idéal, un idéal de vie, de partage et d’entrain. « la Win » comme on dit vulgairement: Claudine un verre de champagne à la main, tout sourire, au Chateau de la Napoule, ou à l’Entrepôt pour le numéro 400 dirigé par Wenders, ou plus récemment folle de joie en découvrant le 500 que nous avions concocté avec Scorsese. Claudine fière et heureuse. Voilà l’image que je veux garder d’elle. Et voilà notre but: être toujours à la hauteur de cette idée si haute et si belle qu’elle se faisait non seulement du cinéma mais aussi de la vie.

  14. Bamchade Pourvali a écrit :

    Cher Serge,

    Merci pour ce portrait juste et sensible de Claudine. Tous ceux qui l’ont connue garde le souvenir d’une personne curieuse, rigoureuse, énergique, passionnée qui était à l’écoute tout en étant déterminée. Travailler avec Claudine provoquait parfois des étincelles tant elle savait pousser les auteurs à développer leurs idées. Nous avions eu des échanges animées autour de Chris Marker mais avions gardé un excellent souvenir de notre collaboration (au moins, on s’est pas ennuyé m’avait-elle dit avec le sourire). J’ai en mémoire ses éclats de rires qui ramenaient les choses à la réalité.
    Je pense à elle avec tristesse, émotion et tendresse.
    Amitiés,
    Bamchade Pourvali

  15. Christa Lang FULLER a écrit :

    CHER SERGE,
    Merci pour ce portrait de Claudine que Sam, Samantha et moi avions
    la chance d’avoir reçue rue de la Baume.
    Elle était franche et sincère et aimait rire, je m’en souviens tres bien.
    J’en garde un excellent souvenir, avec une grande tendresse,
    amitiés de toujours,
    Christa et Samantha Fuller

  16. Christine Lloyd-Lyons a écrit :

    Claudine à l’écoute, Claudine: une intelligence fine, Claudine: une âme soeur, Claudine pleine d’humour; nos fous-rires interminables, sa douceur et son rire, Claudine: une Etoile.

  17. corinne bacharach a écrit :

    La voix et le rire de Claudine résonnent ce soir… C’était pourtant il y a si longtemps… lorsqu’elle m’appelait pour me faire part, avec son enthousiasme absolu, du programme éditorial que j’allais défendre pour les Cahiers auprès de la presse… Elle transmettait son énergie, sa force.. C’était contagieux.
    Ce soir je suis triste et je t’embrasse
    Corinne

  18. Vincent Molinié a écrit :

    Merci pour cet hommage. Nous ne pouvons pas oublier l’éclat de Claudine, ni son rire ni son intelligence. Comme elle me l’a souvent dit à propos de sa maladie : »même si les médecins me font sortir par la porte, je rentre par la fenêtre !!! ». Merci à Philippe et à Pierre et Alexandre, votre maman était une sacrée Bonne Femme.

  19. Païni Dominique a écrit :

    Mon très Cher Serge,
    Nous sommes tous encore ici… disait Rilke. Plus tout à fait. Plus qu’une ou qu’un autre, Claudine, en partant ainsi si précocement, m’a fait mesurer l’importance d’une communauté affective et intellectuelle, traversée de tensions, de divergences momentanées, de conflits véritables mais dont la rumeur ou parfois la fureur cimentent, activent l’insécabilité, renforcent le puissant besoin de ne pas être seul(e) au monde.
    Mon très cher Serge, tu as su dire et su être comme il fallait dire et être dans ce moment où je ne t’enviais pas de parler en notre nom à tous. Rarement j’ai eu le sentiment qu’un témoignage, qu’une évocation d’une personne disparue – qu’il faut en général « embaumer » en paroles dans ce moment où tous les reproches et les amertumes ne pèsent plus guère – étaient si proches de la vérité. Etaient la vérité. Tout ce que tu as dit était « exact », vrai, fidèlement restitué. Claudine était bien ainsi. Y compris cette manière autoritaire, qui pouvait lui conférer cette brusque allure dont on riait et dont on s’agaça parfois. Pourtant – et je parle pour moi et pour d’autres qui eurent à en bénéficier – c’est ainsi qu’elle m’accoucha de mes deux petits ouvrages aux Cahiers, moi qui fut un « compagnon de route », mais qui appartenait à ce cercle élargi utile à sa lucidité que son engagement total émoussait parfois un peu. Alors elle n’hésitait pas à demander des avis à ceux-là qu’elle savait être des cousins d’une proche province. Bref, elle crut en moi, elle crut dans l’intérêt que pouvait présenter deux ou trois choses pour lesquelles « j’écrivaillais » ailleurs qu’aux Cahiers. Et elle avait ce sens « politique » qui consistait à les rassembler ou les réunir aux Cahiers. Et elle savait bien ainsi que les éditions des Cahiers constituaient un apport, complémentaire aux articles de la revue et la dotait, elle, finalement d’un statut de rédacteur en chef-bis (ce quelle aurait nié ou pas entendu pour cause d’éventuelle perversité). Oui, ce que tu as dit Serge était exact, c’est bien ainsi qu’elle fut, et c’était beau de vivre la conformité d’une évocation et de souvenirs, des images en somme, avec la réalité que nous tous présents aujourd’hui, avons vécu avec et auprès d’elle.
    Je me suis souvenu de tant de choses : la programmation du Festival d’Automne (Bresson avec Philippe Arnaud, Eustache, Paradjanov…) que j’assurai plusieurs fois avec elle, son appui (entraînant les Cahiers en entier) pour mes programmations d’auteurs dans ma vieille salle du 43 Faubourg Montmartre, les pots des Cahiers à Cannes…
    J’ai soudain mesuré qu’elle fut pour moi, comme pour plusieurs autres présents aujourd’hui, une compagne professionnelle débordant les frontières administratives des institutions auxquelles nous participâmes et toutes les actions au sein desquelles nous nous engageâmes depuis ces trente dernières années, années quelle rendit assez glorieuses quand on se retourne sur les livres qu’elle a permis.
    Et puis tu fus suivi de la magnifique confession publique de Philippe, son époux, qui révéla avec un humour si audacieux et si généreux en un tel moment, des pans secrets de leur connivence de vie quotidienne.
    Faut-il que nous nous réunissions et mesurions d’incontestables affections, que dans de telles tristes « occasions » ? Je me disais en regardant des ami(e)s présent(e)s, des ami(e)s perdu(e)s de vue qui réapparaissaient, que je regretterai un jour de ne pas leur avoir dit suffisamment, sans raison ni obligation de rassemblement funéraire, que je les aimais.

  20. Clélia Cohen a écrit :

    A mon tour, Serge, de te remercier pour ce que tu as écrit ici, et ce que tu as dit hier aux obsèques, pour tous ces récits qui vous lient pour toujours, Claudine et toi, et qui se devinent entre tes mots d’une grande justesse, pleins d’affection.
    Je suis arrivée aux Cahiers dans la « pire » des positions : stagiaire de Claudine. C’est bien connu, Claudine a terrorisé plusieurs générations de stagiaires. Mais être « stagiaire de Claudine » c’était aussi bénéficier d’un apprentissage express et souvent passionnant, pour peu qu’on accepte de prendre le train en route avec ses secousses. Il y a un moment où elle vous accordait sa confiance et c’était quelque chose que vous sentiez s’installer subrepticement, car elle ne cessait pas de vous engueuler pour autant. Peu à peu, sous l’œil de Claudine (et parce que c’était aussi dicté par l’économie dans laquelle se faisaient les livres aux Cahiers), vous vous retrouviez véritablement investi d’une tâche, une mission : suivre jusqu’au bout un livre en train de se faire. Et c’est une très belle aventure qui apporte beaucoup de fierté.
    C’était il y a quatorze ans. Je ne pouvais pas imaginer que, quelques années plus tard, elle me choisirait pour écrire deux livres aux Cahiers. Ni que, quelques années plus tard encore, alors que la voyant bien fatiguée au cours d’une visite, je proposai de m’éclipser pour la laisser se reposer, elle me dirait « Non, reste un peu pendant que je dors ».

  21. Danielle Jaeggi a écrit :

    J’apprends aujourd’hui cette disparition. Quelle tristesse ! Claudine était l’énergie, l’hospitalité, la bonne humeur même. Je ne l’avais pas revue depuis longtemps. Elle me manque. Elle nous manque.

  22. Angel Quintana a écrit :

    J’ai connu Claudine très tard au moment de la négociation pour l’existence des Cahiers du cinéma-Espagne. J’ai beaucoup aimé son courage et sa foi dans notre projet. Plus tard, elle est devenue l’éditrice de deux de mes livres publiés aux Cahiers sur Fellini et le Virtuel. Elle était une excellente professionnelle, je n’oublierai jamais un certain mois de juillet en rédigeant les épreuves de la traduction de l’espagnol au français de mon livre.

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