Le Sauvage de Jean-Paul Rappeneau, ou la possibilité d’une île

Je me souvenais du Sauvage et de l’incroyable beauté de Catherine Deneuve, de sa blondeur sauvage. De sa splendeur. Je me souvenais du rythme endiablé du film, conçu sur le ton d’une comédie américaine avec Katharine Hepburn et Spencer Tracy : l’histoire d’un homme sage et séduisant, retiré du monde, assailli par une furie, une sorte de garçon manqué qui lui tourne autour comme une guêpe, jusqu’à ce qu’il succombe à l’amour.

C’est ce qui passe dans Le Sauvage entre Catherine Deneuve et Yves Montand. Nelly fait irruption dans la vie de Martin, qu’elle réveille – au sens propre comme au sens figuré. L’empêchant de dormir, une nuit, dans un hôtel de Caracas, elle l’oblige à l’aider à se débarrasser d’un poursuivant amoureux et ordinaire, juste après s’être rendu compte qu’elle allait faire fausse route en épousant ce bellâtre.

Martin s’est retiré sur son île, solitaire, bricoleur et heureux. Il a fui la richesse et la gloire, une femme américaine fortunée. Le Sauvage, c’est la possibilité d’une île : le rêve écologique incarné, bien avant que le mouvement écologiste ne se mêle de la qualité de l’air et de l’eau.

La possibilité d’une île. Nelly y attend de pied ferme Martin, qui est là chez lui et ne veut de personne. Elle s’incruste : comment s’en débarrasser ? Nelly se plaît à vivre dans la nature mais, avec son tempérament, brise tout sur son passage. Elle fuit la ville de tous les dangers, à la recherche de l’Eden. Le mouvement de l’un ne peut que croiser celui de l’autre, au prix de quelques sérieux dégâts. On a vite compris que Nelly et Martin sont faits l’un pour l’autre, mais eux tardent à se le dire. C’est ce qui fait le charme et la profondeur de cette comédie incroyable, sorte de manuel de savoir vivre déclinant l’amour sur tous les tons, tour à tour : utopie, désir de vivre loin de tout et de s’inventer un monde, fantaisie, attirance physique.

Le Sauvage ou le sens de la Beauté. Le film, écrit par Jean-Paul Rappeneau et Elisabeth Rappeneau, avec la complicité de Jean-Loup Dabadie, mis en musique par Michel Legrand et photographié par Pierre Lhomme, avait besoin d’être restauré. C’est chose faite grâce à Studio Canal et la Cinémathèque française, avec l’aide du Fonds Culturel Franco-Américain. J-P. Rappeneau et Pierre Lhomme ont eux mêmes supervisé cette belle restauration. Le film renaît donc, splendide, intact. Il a été programmé hier après-midi au Festival de Cannes dans « Cannes Classics », en présence de Catherine Deneuve, Jean-Paul Rappeneau et Pierre Lhomme. Grand bonheur !

3 Réponses à “Le Sauvage de Jean-Paul Rappeneau, ou la possibilité d’une île”

  1. Bouvet a écrit :

    Bonjour,
    Est-ce notre regard contemporain (sensibilisé aux questions écologiques, éthiques même si l’argent dont il fait mention dans le film a envahi notre existence, et même si le Web a donné lieu à un monde « sous surveillance ») ou le film de JP Rappeneau est-il ce que l’on peut appeler une fulgurante intuition de ce vers quoi nous nous dirigions déjà au mitan des années 70 ? Qu’en avaient retenu les critiques à l’époque ? Déjà « cette possibilité d’une île » dont vous parlez ? C’est surprenant aussi que le décor soit l’Am du Sud, terre des mouvements alternatifs, etc… Encore une préscience ? Merci. Et bel été…

  2. serge toubiana a écrit :

    Je ne sais pas, il faudra demander à Jean-Paul Rappeneau (le film ressortira en septembre). Mais l’idée d’un paradis sur terre, loin de tout, de la civilisation encombrée et encombrante, a toujours existé. Et le film de Rappeneau (avec Dabadie comme co-scénariste) fonctionne bien sur cette alternative. Quand Montand, une fois libéré de prison, décide de retrouver Deneuve, c’est à la campagne qu’il la cherche. Et qu’il la trouve. Le bonheur était déjà dans le pré.

  3. Sylvie a écrit :

    D’accord avec Toubiana. Un beau film, votre critique est superbe!

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