Merci de penser à nous

Merci beaucoup de penser à nous. C’est ce que m’écrit mon amie Abi Sakamoto, qui travaille à L’Institut Franco Japonais à Tokyo. Elle y programme des films, souvent français, parce qu’elle aime tout particulièrement le cinéma français, celui de la Nouvelle Vague. Elle a appris le français, qu’elle parle parfaitement, par amour du cinéma français, c’est dire. Elle poursuit :

Nous, les habitants de Tokyo ne sont pas dans le grand danger par rapport de ceux qui sont au nord-est, mais on sent régulièrement les petits tremblements et il y a pas mal de troubles (de transport, d’électricité…). On est encore loin de mener la vie normale. Il y a des gens qui préfèrent quitter Tokyo, le Japon, mais puisqu’on ne pourrait être 100% sur nulle part, nous n’aurions qu’à être fataliste, n’est-ce pas ? Je prie pour les gens qui ont perdu leur famille, maisons, villes à cause de ce séisme, tsunami. Je vous remercie de tout mon cœur pour vos pensées, c’est important, encourageant pour nous.

Je t’embrasse fort,

Abi

Hisashi Okajima dirige le National Film Center à Tokyo, l’équivalent de la Cinémathèque française ou des Archives françaises du film. Le National Film Center est situé à Ginza, dans Tokyo, un bâtiment moderne qui abrite deux salles de cinéma, des archives, une bibliothèque, un espace muséographique. Hisashi Okajima est également président de la FIAF (la Fédération Internationale des Archives du Film). Il m’a adressé, ainsi qu’à tous les responsables de cinémathèques dans le monde, un message émouvant et d’une grande dignité.

Que faire pour venir en aide au Japon ? Difficile de répondre tellement la catastrophe est énorme, et les dégâts colossaux. La menace nucléaire continue de planer… Commencer par rétablir le lien, transmettre des messages.

Voici ce que nous écrivait Hisashi Okajima il y a deux jours :

Chers amis,

Je vous remercie de votre gentil message de compassion à propos de la série de désastres frappant le Japon à la suite du séisme de magnitude 9 et du tsunami.

Fort heureusement, tous les membres du personnel du National Film Center et leurs familles, parents et amis proches – ma famille également – vont bien et les locaux du NFC à Kyobashi et à Sagamihara sont intacts. Toutefois, le siège de Kyobashi a été fermé au public cette semaine et cela causera probablement un certain retard dans le calendrier des travaux d’extension de l’annexe de Sagamihara. Les chambres fortes modernes d’archivage de films de cette extension sont conçues pour conserver plus de 260 000 bobines de film dans des étuis [calculé par unité de 35 mm/2 000 pieds[i]], il s’agit donc d’une assez grande structure qui n’est pas facile à construire – tout cela pour mettre en application notre slogan « Ne jetez pas les films ! ».

J’étais à Bruxelles pour les activités de la FIAF (et pour le tournage d’un documentaire d’une heure réalisé par une chaîne payante japonaise au sujet des activités d’archivage de films du NFC, par moi-même et la FIAF) lorsque les premières secousses ont touché le nord-est du Japon, je ne pouvais avoir d’informations sur la tragédie frappant mon pays que par la BBC.

Je suis revenu chez moi il y a deux jours dans ma ville, à Urayasu, connue pour ses terres immenses gagnées sur l’océan pacifique sur lesquelles le parc Tokyo Disney Resort (Disneyland et DisneySea) est dressé comme un gâteau d’anniversaire (TDR est fermé pour le moment ainsi que tous les hôtels aux alentours), et j’ai constaté la présence de quelques fissures sur les routes et les bâtiments par endroits, qui ont été souillés à grande échelle principalement par la liquéfaction causée par le séisme, et une coupure générale de l’eau courante (les chasses d’eau / les douches et les baignoires ne pouvaient pas être utilisées). Inutile de dire que notre situation à Urayasu est nettement meilleure et n’a rien à voir avec l’état terrible des préfectures telles que Miyagi, Fukushima et Iwate situées à proximité de l’épicentre.

Quant à la centrale nucléaire de Fukushima, comme vous avez pu le voir à la télévision, les circonstances semblent avoir changé presque de minute en minute, je ne peux donc rien affirmer pour l’instant… Une chose est sûre : de nombreux spécialistes et techniciens luttent avec bravoure – certains sont même volontaires – contre les réacteurs à la virulence diabolique afin d’arrêter la fusion ultime.

Je n’ai jamais vécu un tel sentiment d’unité ou un tel sens de solidarité parmi la population dans cette nation plutôt calme depuis le précédent séisme survenu dans la zone d’Osaka-Kobe en 1995. Le plus triste et le plus horrible dans tout ça, c’est que cette litanie fatale de typhons, d’éruptions volcaniques, de tremblements de terre, de tsunami et d’incendies continuera dans l’archipel japonais miraculeux comme cela se répète sans cesse depuis des milliers, voire des millions d’années… NOUS SOMMES DAIJOBU [tout va bien].

Merci encore pour vos mots de sympathie et votre amitié sans faille.

Sincères salutations,

Hisashi Okajima

Dear friends,

Thank you very much for your kind message of compassion on the series of disastrous things happening here in Japan being caused by the M9 earthquake and tsunami.

Fortunately all staff members of the National Film Center and their families, relatives, friends – my family as well – are alright and NFC’s facilities both in Kyobashi and Sagamihara are intact. However, the Kyobashi headquarters has been closed to public this week, and there probably will cause certain delay in the schedule of constructing the extension at the Sagamihara Annex. The state-of-the-art film vaults in this extension are designed to keep more than 260,000 film reels-in-cans [calculated by 35mm/2,000 ft. unit], so it is quite a big structure and not easy to build – all for carrying out our slogan « Don’t Throw Film Away!. »

I was in Brussels for FIAF business (and for making an one-hour documentary program by a Japanese pay-TV station about NFC’s film archival activities, myself and FIAF) when the first hit came to the north-east Japan, so I was only able to get information of my country’s tragedy through the BBC program there.

I came back home two days ago to find that in my town of Urayasu, known as its huge reclaimed land from the Pacific on which the Tokyo Disney Resort (Land and Sea) is perched like a birthday cake (TDR is now closed with all hotels around it), there were quite a few cracks on the roads and buildings from place to place and were soiled in large scale mainly by liquefaction caused by the quake, and in the situation of no water from the tap (Neither flush/shower toilet nor bath cannot be used). Needless to say, our situation in Urayasu is much far better than and nothing to the terrible state in the prefectures like Miyagi, Fukushima and Iwate near the seismic center.

As for the nuclear power plant in Fukushima, as you have watched on TV, the circumstances seem to have changed almost minute by minute, so I can’t say anything assertively so far….one sure thing is that many specialists and technicians are fighting bravely – some are even self-devotedly – against the devil-like spiteful reactors to stop the ultimate meltdown.

I have never experienced such an united feeling or a sense of solidarity among the people in this rather slacked-off nation since another earthquake happened in the Osaka-Kobe area in 1995. The horrible and sad thing it is, but this fatal saga of typhoons, volcano corruptions, earthquakes, tsunami and fires in the miraculous Japanese archipelago will go on as things have been repeated endlessly in thousands of, millions of years…WE ARE DAIJOBU [all right].

Thank you again for your kind words and your never changing friendship to me.

Best wishes,

Hisashi

Une Réponse à “Merci de penser à nous”

  1. Damien Aubanton a écrit :

    Merci Monsieur Toubiana

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