Delphine Seyrig, DS du cinéma français

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De Delphine Seyrig, Marguerite Duras disait, ou plutôt écrivait ceci : « Elle est grande pour une Française. Elle est mince. Elle a un très beau corps. Des yeux très, très bleus. Le teint orange clair. Blonde la plupart du temps. Une denture lumineuse et un peu irrégulière qu’elle montre complètement quand elle rit (on lui a dit une fois : vous ne ferez jamais de cinéma à cause de cette petite dent qui chevauche l’autre, il faut la remplacer. Elle a refusé : jamais. Et maintenant : « Voyez, il ne faut pas les écouter », dit-elle). Quand elle marche tout son corps bouge et elle ne fait pas plus de bruit qu’un enfant. En France quand on demande : laquelle marche le mieux ?, on dit Delphine Seyrig. »

Marguerite Duras avait l’œil juste, à la fois comme romancière, journaliste et cinéaste. Elle a filmé Delphine Seyrig comme personne. Dans trois films : India Song, Baxter, Vera Baxter et Son nom de Venise dans Calcutta désert. Il faudrait y ajouter La musica, réalisé en 1966 par Paul Seban.

Delphine Seyrig est morte il y a vingt ans, le 15 octobre 1990. La Cinémathèque lui rend hommage. Ce désir a croisé celui de Hélène Fleckinger, jeune historienne du cinéma qui termine une thèse sur les rapports entre le cinéma, la vidéo et le féminisme à l’Université Paris 1, m’avait écrit. Nous nous sommes rencontrés et avons mis au point ensemble cette programmation dédiée à Delphine Seyrig, DS du cinéma français.

En plus d’Hélène Fleckinger, il y a le Centre Audiovisuel Simone de Beauvoir, fondé en 1982 par Delphine Seyrig, avec une personne récemment disparue, une cinéaste et vidéaste : Carole Roussopoulos. Ioana Wieder faisait elle aussi partie du trio de femmes engagées, militantes, qui ont pris l’initiative de créer ce Centre audiovisuel dont la mission consiste à garder la mémoire des luttes des femmes pour leur émancipation.

Delphine Seyrig a traversé le cinéma à partir du début des années 60 et a incarné à sa manière, si musicale et si élégante, comme dans un rêve, la modernité.

Avec Alain Resnais : L’Année dernière à Marienbad et Muriel ou le temps d’un retour.

Avec Chantal Akerman : Jeanne Dielman, 23 Quai du Commerce, 1080 Bruxelles ; Golden Eighties et Letters Home.

Avec Robert Frank : Pull my Daisy, en 1957, lorsque Delphine Seyrig vivait à New York et suivait les cours de théâtre à l’Actor’s Studio, avec Lee Strasberg. Voici ce qu’elle en disait : « En France, on m’avait toujours dit : « Tu dois entrer dans le personnage, t’éliminer, tu ne dois pas tirer le personnage à toi. » Je ne comprenais pas comment on pouvait faire que la chose ne soit pas à soi. Quand je suis arrivée à l’Actor’s Studio, j’ai entendu dire pour la première fois qu’il fallait que je me connaisse moi-même, avant même d’essayer d’interpréter un personnage. Cela avait un sens pour moi. J’ai compris qu’on avait besoin de moi. Car s’il fallait que je m’abdique pour jouer un personnage, je ne voyais pas par quel bout commencer. Strasberg m’a complètement éclairée. Il n’apprenait pas à jouer Don Juan ou Hamlet, il ne travaillait pas sur le personnage mais l’acteur qu’il avait devant lui. »

Avec William Klein : Mister Freedom et Qui êtes-vous Polly Magoo ?

Avec Luis Buñuel : La Voix lactée et Le Charme discret de la Bourgeoisie.

Avec François Truffaut : Baisers volés. Inoubliable Fabienne Tabard, qui laisse Antoine Doinel sans voix. Une apparition, oui je suis une apparition… « Le rôle était écrit pour elle, disait Truffaut. J’ai d’ailleurs vécu dans l’angoisse durant plusieurs jours, car le rôle était petit et comme il avait un côté ricaneur… je me disais : » Elle va refuser. » Je n’en dormais pas. Je préparais des solutions. Et je m’apercevais que c’était une catastrophe : elle n’était pas remplaçable. »

Avec Liliane de Kermadec : Aloïse.

Avec Losey : Accident et Maison de poupée (d’après Ibsen).

Avec Jacques Demy : Peau d’âne.

Avec Guy Gilles : Le Jardin qui bascule.

Stanislav Stanojevic : Journal d’un suicidé.

Avec Agnès Varda : Documenteur.

Avec Harry Kumel : Les Lèvres rouges.

Avec Pomme Meffre : Le Grain de sable.

Avec Patricia Moraz et Michel Soutter.

Avec elle-même : Sois belle et tais-toi.

Au théâtre avec Claude Régy, Harold Pinter, Peter Handke ou Tchekhov, etc.

Elle avait la grâce. La beauté. Elle était musicale, envoûtante. Envoûtante et militante. Elle était en chair et en os, mais à chaque fois c’était une apparition. Sa voix était divine. Oui, Delphine Seyrig était une actrice divine.

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Samedi 25 septembre à 20h30, à la Cinémathèque : Lecture de textes par Coralie Seyrig et Nicole Garcia. Cela s’appelle : « Delphine Seyrig, Lady Freedom ». Un spectacle composé par Hélène Fleckinger et Elsa Charbit. En partenariat avec l’INA, le Centre Audiovisuel Simone de Beauvoir et France Culture.

Lundi 27 septembre à 19h à la Cinémathèque : Conférence de Hélne Fleckinger : « Qui êtes-vous… Delphine Seyrig ? ».

Le cycle de films : jusqu’au 11 octobre 2010.

2 Réponses à “Delphine Seyrig, DS du cinéma français”

  1. Vince Vint@ge a écrit :

    Je l’ai toujours trouvé incroyablement érotique dans  » Peau d’âne « . Et son phrasé particulier était des plus envoûtants.

  2. Augustin Dubois a écrit :

    Pourquoi ne citez-vous pas l’étrange « Jeanne d’Arc de Mongolie », que j’ai vu à la Cinémathèque de Francfort en 1989 et auquel je n’ai pas compris grand-chose (je ne parle absolument pas allemand…) mais qui, pour cette raison, m’a laissé un souvenir fascinant ?

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