Glentleman Giraudeau

Bernard Giraudeau est mort ce matin, il avait 63 ans et se battait depuis dix ans avec un incroyable courage et une incroyable dignité contre le cancer. Grande tristesse de perdre un acteur de talent, un homme au regard magnifique et d’une grande beauté, un peu à la manière de ces acteurs américains qui ont d’abord un physique, une aisance naturelle, quelque chose qui vient d’ailleurs que du cinéma, d’un apprentissage de la vie. Pour Bernard Giraudeau cet ailleurs était la mer. Il est né à La Rochelle, y a fait l’école de la marine, voulait devenir marin. Deux fois le tour du monde sur le « Jeanne d’Arc ». Ensuite, l’apprentissage du théâtre par le Conservatoire (1970), les débuts à la télévision. Le cinéma a croisé son chemin, il y a fait une belle carrière, environ quatre-vingts films, d’auteurs ou pas, qu’importe : il menait son bout de chemin en homme libre.

Tout cela émanait de sa personne, une disponibilité, une franchise, une gentillesse, une curiosité sans faille. Je me souviens être allé sur le tournage à Fès d’un film que tournait Daniel Schmid, tiré d’un roman de Paul Morand, Hécate ; c’était en 1982. Giraudeau avait comme partenaire la belle Lauren Hutton qui avait d’aussi beaux yeux que lui… Impressionnant de le voir au travail, rieur, disponible. Toutes les portes du cinéma s’ouvraient à lui, celle du film d’aventure (Le Ruffian, Les Spécialistes, et beaucoup d’autres encore), du polar (Rue Barbare de Gilles Béhat, gros succès), de la comédie (Et la tendresse bordel, Viens chez moi, j’habite chez une copine, etc.), du film d’auteur (on retiendra L’Homme voilé, du regretté Maroun Bagdadi (1987), Poussière d’ange d’Édouard Niermans (1987), Le Fils préféré de Nicole Garcia (1994), Ridicule de Patrice Leconte et surtout Gouttes d’eau sur pierres brûlantes de François Ozon (2000), d’après une pièce de théâtre de Rainer W. Fassbinder). Une nouvelle vie, d’Olivier Assayas (1993). Dans le genre séducteur cynique, Giraudeau était formidable dans L’Année des méduses de Christopher Frank (1984, avec Caroline Cellier et Valérie Kaprisky),  avec une pointe d’inquiétante étrangeté. Il avait eu le désir de passer derrière la caméra : L’Autre en 1990, puis Les Caprices d’un fleuve tourné en 1996. Il était aussi un écrivain (à succès), élargissant encore sa palette artistique.

Souvenir de vacances. Il y a trois ans, vacances d’été à la montage, avec Olivier Assayas et Mia Hansen-Love, dans l’Engadine. Nous dînons le soir après une belle journée de marche et nous parlons des acteurs français. Qui sont les plus séduisants, les plus sexy, à même de se renouveler ou de surprendre ? Et nous en venons à la conclusion : Bernard Giraudeau se détache du lot. Olivier Assayas évoque son expérience avec lui sur Une nouvelle vie. Lendemain matin, on se retrouve dans la grande salle pour le petit déjeuner. O, surprise, Bernard Giraudeau s’installe à une table, non loin de nous. Pure coïncidence, coup de magie. Nous lui racontons notre discussion de la veille… Nous lui recommandons tel sentier, ou tel autre. Il aime la haute montagne, mais doit s’économiser du fait de son état de santé.  

Cet homme avait un talent multiple, acteur, voyageur, réalisateur, comédien, écrivain, un gentleman qui ne voulait surtout pas se laisser enfermer dans un genre ou un métier. Il avait des vocations, et les vivait jusqu’au bout, mettant toute son énergie et son humilité à les vivre et à les partager. Le 10 mai dernier, Eric Favereau, journaliste à Libération publiait un long entretien avec Bernard Giraudeau où celui-ci décrivait avec une incroyable lucidité le parcours de sa longue maladie. Un calvaire. A le relire aujourd’hui, on a les larmes aux yeux (www.liberation.fr). 

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