Lanterne magique !

lanterne.jpg

« Lanterne magique et film peint – 400 ans de cinéma », la nouvelle exposition proposée par la Cinémathèque française, revêt une importance toute particulière. Par son thème, et par le fait qu’elle propulse le visiteur dans une époque très ancienne qui précède l’avènement du cinématographe. La première lanterne magique date de 1659, invention de l’astronome hollandais Christiaan Huygens. Sans doute voulait-il voir de plus près l’univers des étoiles… Peut-être est-ce de cette époque que date le « star system » ? Dès lors, la science, la technique, la magie, la fantasmagorie, l’érotisme, la géographie, les voyages, les religions, les mythes et les croyances s’exprimeront à travers cette technique de la plaque de verre, et grâce au colportage de ville en ville. Des vues en couleur projetées sur un écran blanc : l’ancêtre du cinématographe. Toute cette iconographie, fixe ou animée, est remplie de trucages, de couleurs bariolées. Le visiteur pourra lever les yeux sur des écrans, ou se pencher sur une longue table lumineuse, où des monstres très divers côtoient d’étranges animaux, des vampires, des diablotins, des femmes légères et des paysages exotiques. Vues du monde et projections mentales coexistent dans l’univers de la lanterne magique.

Nous sommes fiers d’avoir organisé cette exposition, avec la complicité de nos amis du Museo Nazionale del Cinema de Turin. Cette exposition est en effet une coproduction entre nos deux institutions, mêlant divers éléments provenant de nos collections respectives. Après la Cinémathèque (jusqu’au 28 mars 2010), l’exposition sera accueillie à la Venaria Reale à Turin (à partir de juillet 2010). Fiers parce que rares sont les institutions comme la nôtre et le Musée du Cinéma de Turin, de par le monde, pouvant ainsi être en mesure de valoriser leurs magnifiques collections. La nôtre est sans doute l’une des plus belles, riche de 17.000 pièces qui constituent un véritable trésor. Ce trésor, nous le devons à Henri Langlois et à ses collaborateurs, soucieux en son temps de préserver et d’enrichir le patrimoine du cinéma, à une époque où très rares étaient ceux qui s’en préoccupaient.

Nous le devons aussi et pour beaucoup à Laurent Mannoni, qui s’est consacré avec intelligence et passion à sauvegarder cette collection et à l’enrichir. Sans lui, sans la qualité exceptionnelle de ses connaissances historiques et scientifiques, cette exposition n’aurait pu voir le jour. À ses côtés, Massimo Quendolo a su inventer une scénographie élégante, mettant en valeur autant d’objets délicats et insolites, ponctuant l’exposition de projections les plus diverses.

Cette exposition sera accompagnée de plusieurs spectacles, conférences, programmations, ateliers, visites guidées. Elle s’adresse à un public le plus large possible, en visant tout particulièrement le milieu scolaire : élèves, collégiens et étudiants y apprendront beaucoup de choses sur cette longue période qui constitue ce qu’on appelle dans le jargon des historiens le « pré-cinéma ».

L’exposition « Lanterne magique et film peint – 400 ans de cinéma » a reçu le soutien en mécénat de Neuflize OBC et de Electricité de France, et bénéficie de nombreux partenariats Presse et Médias.

A partir du 15 octobre 2009, jusqu’au 28 mars 2010.

Le catalogue est coédité par les Éditions de La Martinière et la Cinémathèque française, avec un avant-propos de Francis Ford Coppola. Textes de Laurent Mannoni et Donata Pesenti Campagnoni. 45 €.

7 Réponses à “Lanterne magique !”

  1. Van Stratten a écrit :

    Lanterne magique

    Rejouer l’histoire,

    Refaire semblant,

    Feu illusoire

    D’un autre temps,

    Lueur cruelle,

    Clarté moqueuse,

    Folle étincelle,

    Triste et frileuse,

    Machine à rêve,

    Tu as bercé

    La vie sans trêve

    De nos aînés ;

    Or, laisse-nous,

    Las et inquiets,

    Reprendre goût

    Au monde épais !

  2. Cédric Bouchoucha a écrit :

    C’est avec une certaine émotion que je suis revenu à la Cinémathèque hier, après près d’un an de désertion.
    La remise d’un nouveau Libre Pass était pour moi la garantie de savourer certains films de Fellini, de Haneke, de Wajda ou encore le ciné-club de Jean Douchet.
    Pour l’instant, me voici près des guichets, un pas hésitant, Libre Pass à la main. L’occasion pour moi de découvrir la nouvelle exposition temporaire consacrée à la Lanterne Magique.
    Je crois que cette exposition ressemble davantage à un voyage envoûtant, proche de l’hallucination puisque hors du temps. Les dates inscrites près des praxinoscopes n’y changeront rien : les films projetés semblent atemporels, ils représentent un imaginaire, celui des poètes. Cocteau affirmait que le cinéma était un art dont l’encre est la lumière. Il aurait pu se citer lui-même et affirmer que la lumière était le sang des poètes cinématographiques.
    Quelle légèreté dans la Danse Serpentine, quelle simplicité dans le Pauvre Pierrot, quelle émotion dans les tourbillons projetés contre le mur d’un couloir!
    Ce voyage essentiel au sein même de « l’écriture du mouvement » donne raison à Coppola lorsqu’il affirme que la Lanterne Magique est à l’origine de tout le Cinéma.
    Il est donc logique de vous remercier, Monsieur Toubiana, ainsi que Laurent Mannoni pour ce retour aux sources, pour cette exposition qui est de loin la meilleure depuis celle consacrée au cinéma expressionniste (exception faite de celle consacrée à Jacques Tati, que je n’ai malheureusement pas vue).
    J’avais pris rendez-vous avec le Cinéma, hier à midi, et Il était là.

  3. Serge Toubiana a écrit :

    Cher Cédric Bouchoucha, je vous remercie très sincèrement pour votre message, qui me fait vraiment plaisir. D’abord, le fait que vous reveniez à la Cinémathèque. Ensuite, la manière dont vous parlez de cette belle exposition consacrée aux Lanternes magiques. Vous avez raison de citer Cocteau… je transmets votre compliment à Laurent Mannoni, sans qui cette exposition n’aurait pu se faire. Cordialement, S.T.

  4. Bonvalot Alexandra a écrit :

    En effet, cette exposition est d’une profonde qualité. Elle est émouvante en cela qu’elle retourne aux origines proprement magiques du cinéma. Elle nous fait également plonger en nous-mêmes, dans notre naïveté et nos peurs. Je crois que c’est à peu près ça: une exploration de l’homme et de ses rêves qui s’aventure peut-être dangereusement en se projetant dans ce « vide ».
    Depuis longtemps touchée par les débuts cet art, j’avoue avoir contracté une folle passion pour ces lanternes magiques et ne cesse de me documenter désormais ! Je me plonge dans le catalogue édité pour l’expo, feuillète le souffle coupé le magnifique livre de Jac Remise sur le sujet, édité en 1979, et me plonge dans l’illusion d’assister à l’une de ces premières projections grâce à Jérôme Prieur dans son livre « séance de lanterne magique »…
    Merci monsieur Toubiana de savoir si bien vous entourer et d’exiger ce que Langlois ordonnait : la qualité.
    A bientôt,
    Alexandra

  5. antoine guémy a écrit :

    Merci pour cette superbe exposition ainsi que pour le spectacle de projection du musée de Padoue. J’ai moi-même, malgré mon jeune âge (52 ans !) été bercé par la lanterne magique, le praxinoscope, le théâtre en papier et autres boîtes à rêve, vécus comme des pratiques domestiques et non comme objets muséaux, comme un Proust ou un Bergman aux temps du jouet en plastique, tout cela grâce à un père qui a toujours eu la tête dans le XIXe siècle, collectionneur, mais pas maniaque (je crois, hélas, qu’à cause de nos expériences connexes de physique amusante, tous les petits brûleurs à pétrole des lanternes ont disparu du même coup).
    Je me permets juste de signaler, parce que je viens de tomber dessus par hasard, qu’il existe (je ne sais si le catalogue en fait mention) une suite pour piano assez peu connue intitulée « Lanterne magique », du compositeur de musique de salon du XIXe siècle Benjamin Godard (partitions accessibles sur IMSPL). Cela pourrait constituer un excellent contrepoint musical à l’exposition, s’il en était besoin.
    Encore une fois merci pour ce voyage poétique, cinétique et… érotique

    Bien cordialement

    Antoine Guémy

  6. Serge Toubiana a écrit :

    Cher Antoine Guémy, merci pour votre message si personnel et émouvant. Je le transmets à Laurent Mannoni, commissaire de l’exposition sur les Lanternes magiques. Il sera sans aucun doute curieux d’apprendre (mais il se peut qu’il se sache déjà…) qu’une suite pour piano porte le nom de « Lanterne magique ». Très cordialement, S.T.

  7. Patrice Guérin a écrit :

    Félicitations pour cette exposition longtemps attendue qui nous a permis de voir des objets et documents rares et inconnus. Bravos pour le travail de Laurent Mannoni et félicitations à François Binétruy pour sa fantastique collection privée. Le livre permet d’en garder une trace permanente et de la revoir… à convenance. Après ces 400 années évoquées avec succès, il reste à présenter, à exposer, à éditer ce qui s’est passé au cours des 100 dernières années. Le cinéma ayant ses fervents défenseurs, je me chargerai d’exposer dans mon site la projection d’images fixes qui a aussi connu 100 années passionnantes.

Laissez une réponse

*