Question de style

Un grand nombre de messages ont afflué sur mon blog depuis la publication de la pétition en faveur de Roman Polanski. A tel point que je ne suis ni en mesure de tous les traiter ni d’y répondre. Je suis d’ailleurs contraint de faire le tri, quitte à me faire traiter de « censeur » par ceux qui me reprochent de ne pas publier leurs messages haineux, insultants, caricaturaux. Question de style.

La plupart des messages approuvent la pétition initiée par la SACD, l’ARP, le Festival de Cannes et la Cinémathèque française, déjà signée par des cinéastes du monde entier (voir liste sur www.sacd.fr), et par de très nombreuses personnes apportant leur soutien au cinéaste. Mais un grand nombre s’en prennent à Roman Polanski en le traitant de pédophile, de violeur, de lâche, j’en passe et des meilleurs. Avec une incroyable véhémence, parfois même une grande violence. La meute est lâchée. Les mêmes accusent les signataires de la pétition de complicité avec un dangereux pédophile, nous prenant pour des irresponsables.

L’argument qui revient le plus souvent dans ces messages, consiste à dire que les artistes, les gens connus, les « people », les hommes politiques (beaucoup s’en prennent à Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, à cause de sa déclaration indignée et courageuse), les riches, les puissants ou les nantis, ne sont pas au-dessus des lois mais, comme tout le monde, justiciables de leurs actes. De quel droit défendez-vous ainsi « l’un des vôtres », de manière si obscène ?

Réponse claire et nette : oui, tout le monde est égal devant la justice et doit répondre de ses actes, que l’on soit célèbre ou inconnu. Mais nous ne sommes pas des juges, il ne nous revient pas de prononcer une condamnation ni d’innocenter quiconque. Cela relève de l’évidence.

On peut aussi se demander si ce qui arrive à Roman Polanski, son arrestation spectaculaire dans un scénario de type souricière, et l’acharnement à lui faire reproche d’un acte commis il y a plus de trente ans, alors même que la plainte contre lui a été retirée par la victime, ne sont justement pas liés à sa notoriété, au fait qu’il est un cinéaste connu du monde entier. Je ne suis pas sûr que ce qui lui arrive pourrait arriver à « n’importe qui ».

Ce qui m’a choqué dimanche dernier, c’est qu’on l’ait arrêté, dès son arrivée à Zurich, comme s’il était un criminel de guerre. Oui, un traquenard mis au point par la police suisse après qu’une demande d’arrestation ait été transmise par la justice américaine. Quelle mouche a donc piqué la police suisse, pour qu’elle exécute avec zèle cette mission ? Pour quelles raisons ne s’était-elle pas préoccupée de « cueillir » Roman Polanski lors d’un précédant séjour, alors qu’elle ne pouvait ignorer que le cinéaste se rendait fréquemment en Suisse où il possède un chalet ? Ne s’agit-il pas d’un échange de bons procédés, quand on sait que les banques suisses ont quelque chose à se faire pardonner ? Ces questions légitimes méritent d’être posées.

Cette affaire va durer et elle aura des suites. J’ignore lesquelles. Elle est devenue une affaire publique qui déchaîne les passions. Y compris les plus basses. Je ne suis pas le seul à penser que cette chasse à l’homme menée à l’encontre de Roman Polanski a quelque chose de nauséeux. C’est aussi pour cela que nous réclamons sa libération.

 

 

 

 

 

8 Réponses à “Question de style”

  1. Rédoine Faïd a écrit :

    Bien des personnes crient au scandale et à l’indignation concernant notre soutien à Roman Polanski. « Ils » comprennent pas pourquoi une personne du « Show Business » et du « Cinéma » puisse bénéficier d’un traitement de faveur. On nous raconte qu’un « Nanti », un « Riche » doit être traité de la même manière que tout le monde. Limite, « nous » sommes coupable de « complicité ».

    Il s’agit donc de parler de « Justice ». Mais oui, la justice. De quelle justice parle-t-on ? Avant toute chose, il faudrait préciser que « Monsieur » Roman Polanski est une personne, un être humain. On parle d’un « homme ». Pas d’un « animal », d’un « terroriste » ou d’un « criminel sanguinaire ». Cette personne a une vie, de la famille, des parents. Il est « accusé ». Pas « condamné ». Comme n’importe quel « accusé » vivant dans une « démocratie », il est considéré comme « INNOCENT ». Justice ? C’est de ne pas accuser une personne à tort et à travers. Pédophile, violeur, crapule… Comment dans un pays (voir un continent) comme le nôtre peut-on ainsi se permettre de juger, de « traiter », d' »humilier » de cette manière une personne ? C’est de « justice » dont on parle ? Pourquoi aussi tout ce déchaînement de haine et de véhémence ? Mais de qui parle-t-on?

    Désolé, mais je n’adhère ni au « lynchage », ni à la haine. « Pénalement » et « Judiciairement », cela manque cruellement d’objectivité. Même en essayant d’y accorder un soupçon de discernement, je trouve cette « vindicte » aberrante, injuste et « facile ». Vous savez, lorsque l’on accuse et condamne un homme ou une femme : il faut être magistrat. Vu la haine qui remplit certaines personnes, je leur conseille de passer plutôt un « brevet » de bourreau ou d’exécuteur.

    On aurait aimé justement que Roman Polanski ne soit pas traité comme une star du showbiz et du cinéma. Le concernant, c’est un handicap. Plus « l’accusé » est célèbre, plus il « trinque » et plus l’encre et la haine coulent à flots. N’est-ce pas Michael Jackson qui fut accusé par le petit Jordan en 1993 de « viol », de « pédophilie », de »crapule violeur d’enfant »? Le « roi de la pop » a-t-il eu un traitement de faveur ? La même tempête médiatique que subit aujourd’hui Polanski. Deux jours après la mort de l’interprète de « Billie Jean », le même Jordan déclare haut et fort que c’est son père qui l’a poussé à dire cela pour de l’argent (ndlr: 22 millions de dollars). Polanski a lui aussi payé une somme en dollars par le biais de ses avocats. Zola, Victor Hugo, le capitaine Dreyfus et plus récemment les « acquittés d’OUTREAU »… Tout cela ne vous parle pas ? Ma foi, Polanski est peut-être loin d’être Victor Hugo, vous me direz… N’en demeure de quel droit vous accusez comme des « juges » une personne qui n’a pas été condamné définitivement ?

    J’ai un enfant de 9 ans. Il travaille super bien à l’école. Un garçon très gentil et équilibré. Si on lui faisait « ça », je voudrais que la « justice » passe. Croyez-moi (et sur cela je pense que l’on va se rejoindre…), je n’accepterais ni « arrangement » ni « somme d’argent ». Je trouve « étrange » que l’on puisse accepter de l’argent de la part de celui qui « soi-disant » nous aurait fait du mal. Polanski a toujours séjourné en Suisse. Ce gouvernement a connaissance depuis belle lurette des tracas judiciaires de Polanski aux Etats-Unis. Ils ne l’ont jamais ô grand jamais interpeller. La personne qui a accusé Polanski a retiré sa plainte depuis des années. Il n’y a plus de plaintes ! On l’arrête comme un « dangereux terroriste », on le « fouille », on l' »embarque ». Lui qui a tourné la gestapo dans le magnifique « PIANISTE », a dû se croire 60 ans en arrière…

    Un certain John Landis avait apporté son soutien à Michael Jackson lors du lynchage de 1993 avec l’affaire du petit JORDAN. On a dû lui en faire des réflexions: lâche, complice, fou… L’histoire nous dit aujourd’hui que Landis était un visionnaire et qu’au final il n’a pas été « lâche », mais courageux. Le vrai courage, c’est Frédéric Mitterrand, notre ministre de la culture, par son soutien immédiat et sans failles envers Polanski, par des propos qui font honneur au Cinéma, mais aussi à un pays comme la France, patrie des droits de l’homme.

    PS: « Justice, vous avez dit Justice? » (Mon avocat Maître Jean-Louis Pelletier)
    P.P.S.: Il y a beaucoup de monde qui soutient Roman Polanski : artistes, politiques, public, anonymes… Pourquoi tant de chaleur et d’affection pour cet homme ? C’est peut-être parce que c’est un type bien…

  2. olmer a écrit :

    le peuple assoiffé de vengeance (pour une affaire qu’il ne connaît pas!) aimerait bien écarteler polanski en place publique. ça fait froid dans le dos!
    serge, costa, vous avez de la pédagogie sur la planche.
    bon courage!

  3. Fleur Bleue a écrit :

    Il ne s’agit pas de justice !! Il s’agit de votre déferlement à tous pour libérer un homme qui s’est soustrait à la justice.
    Allez faire un tour sur le net lire tout ce qui est dit, raconté, énoncé à propos des victimes. Je pense que vous ne comprenez pas ce qu’est une victime. Cet enfant, « touché », qui ne sera jamais, JAMAIS, un adulte comme les autres, comme ceux qui ont été des enfants « ordinaires ».
    Cette déferlante fait juste énormément de mal aux victimes qui voient se détourner le monde des artistes alors que les victimes pensaient tellement que les médias, les gens de cinéma, de théâtre pouvaient éclairer le monde par leurs voix.
    J’espère que mon message qui ne se veut pas violence sera publié et que vous prendrez juste un peu la peine et de votre temps pour ouvrir vos yeux sur ce monde des victimes qu’on noie dans l’obscurité et le silence.
    Merci de votre attention.

  4. samia harrar a écrit :

    C’est difficile de prendre position pour ou contre, et je pense qu’il est normal et légitime de se poser la question. Car la justice doit effectivement être appliquée de la même façon à tous. Sauf que je trouve aussi scandaleux d’avoir piégé Polanski de la sorte et c’est certainement un échange de « bons procédés » comme vous dites. Indigne d’un pays comme la Suisse, jusque-là réputée pour être un havre de paix. Pour les banques, c’est une autre paire de manche. En tous les cas, libérer le cinéaste est une urgence absolue. Car ça doit être particulièrement dur de se retrouver derrière les barreaux alors qu’il attendait une consécration. Qu’il revienne chez lui et après, la justice avisera. Et ce n’est pas par indifférence envers la victime. Chacun payera son dû, mais de cette manière. On n’invite pas un artiste pour lui tendre un traquenard. Et c’est vrai que cela peut être une porte ouverte à tous les dépassements.

  5. Auditeur a écrit :

    Pour ceux qui le souhaiteraient, ce sujet délicat a été abordé avec mesure sur France Culture lors de l’émission « L’esprit public », animée par Philippe Meyer, diffusée dimanche 4 octobre 2009 de 11 heures à midi. Pour la ré-entendre via Internet, les coordonnées du site sont les suivantes : http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/esprit_public.
    Cinéphiliquement vôtre.

  6. elisabeth a écrit :

    Je pense beaucoup à monsieur Polanski et à sa famille.
    Cette vie de souffrance et de drame qu’a vécu M Polanski est suffisante pour un seul homme. J’espère que très vite les esprits de la raison vont renaître et le sauver de toute cette parodie de justice que les USA veulent nous faire croire exemplaire.

  7. Rédoine Faïd a écrit :

    Après maintes investigations auprès de journalistes et d’avocats, j’ai compris qu’en matière de procédures judiciaires aux états-unis, la loi californienne exige deux procès: l’un pour établir la culpabilité du suspect, l’autre pour décider de la peine. Entre ces deux procès, Polanski a quitté les USA. Par peur de la prison et par esprit de révolte contre un procureur qui fait « volte-face » et n’a pas tenu ses engagements. Beaucoup de personnes aux états-unis « plaident coupable » et acceptent l’arrangement du procureur, même lorsqu’ils savent qu’ils ne sont pas coupables de tous les chefs d’inculpation. C’est la justice américaine, c’est comme ça.

    Un avocat de renom m’apporte ce que l’on pouvait lire dans certains journaux américains de l’époque:

    EXTRAITS:

    1/ extrait du « The Bryan Times » – 16 Décembre 1977:

    « En acceptant le recours de Polanski, le juge a noté que la fille avait pris d’elle-même du quaalude depuis l’âge de 10 ans, avait eu des relations sexuelles avec d’autres hommes et n’était pas « une jeune fille inexpérimentée et naïve » mais « une jeune fille bien développée physiquement qui paraissait plus que son âge et n’était malheureusement pas inexpérimentée en matière sexuelle ».

    http://news.google.com/newspapers?id=3UELAAAAIBAJ&sjid=UVIDAAAAIBAJ&pg=4659,396821&dq=polanski+

    2/extrait du « The Spokesman-Review » – 7 février 1978

    « Polanski, citoyen français, est paraît-il à Paris. Le bureau du District Attorney a dit lundi qu’il avait peu d’espoir de réussir. »
    « Ce que j’ai voulu, c’est qu’il quitte le pays », a dit Rittenband dans une interview par téléphone depuis son cabinet de Santa Monica.
    Rittenband a dit que, bien que sa décision n’était pas formelle, il avait discuté avec les attorney un projet de condamner à 48 jours de prison, suivi de l’extradition de Polanski.
    « S’il n’avait pas accepté son extradition volontaire », a dit Rittenband, « Polanski aurait été obligé de rester en prison pour une plus longue période ».

    http://news.google.com/newspapers?id=RssRAAAAIBAJ&sjid=2e0DAAAAIBAJ&pg=6740,2402734&dq=polanski

    On admire et on aime Polanski. On voudrait le meilleur ou le moins mauvais pour lui. Mais évidemment, on aimerait que la justice se fasse, mais dans la sérénité. Il y a des applications de la loi qui créent plus de trouble à l’égard d’une situation particulière et pour la société, que l’abstention réfléchie: l’ancienneté des faits, la volonté de la « victime » de retirer sa plainte, le long délai procédural, le hiatus entre ce qu’était Polanski à l’époque des faits et ce qu’il est devenu, constituent autant d’éléments pour lesquels les artistes et les gens du cinéma aimeraient que l’on puissent tous les invoqués et ce, bien qu’il soit compréhensible que la fuite de RP a pu valablement irriter… Malheureusement, il existe des raisons parfois incompréhensibles pour certains, et tellement naturelles pour d’autres: les camps nazis, la gestapo, la disparition tragique d’une grosse partie de sa famille, la spoliation, la peur et aussi, la fuite.

    Plus objectivement, ces éléments méritent d’être invoqués pour solliciter de la justice américaine non pas la bienveillance mais la pertinence. Il y a, à l’évidence, si la raison l’emportait, matière à un accord avec un cinéaste qui a autant intérêt que ses adversaires américains à la mesure et à la conciliation. Pas parce qu’il est artiste. Parce que la justice, c’est aussi de savoir sagement s’arrêter à temps.

  8. zelie a écrit :

    Enfin, sur le net quelqu’un (Serge Toubiana) a des propos sensés sur l’affaire Polanski…En France les meurtriers, les pédophiles avérés et récidivistes … sont plutôt chanceux comparés à ce pauvre Roman.. Les pères , les mères la morale s’acharnent, c’est écoeurant ! La justice américaine (je connais, j’y suis née) s’acharne sur les « people » et aime les humilier.

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