La Baie des anges, version restaurée

La Cinémathèque française, le Fonds Culturel Franco Américain et les Archives audiovisuelles de Monaco, en accord avec la société Ciné-Tamaris, ont pris l’initiative de restaurer La Baie des Anges de Jacques Demy. Le film ouvre ce soir la rétrospective complète consacrée au cinéaste et qui accompagne  l’exposition « Le monde enchanté de Jacques Demy », qui ouvre ses portes au public aujourd’hui. En présence ce soir de Jeanne Moreau et Claude Mann, les acteurs principaux du film.

Cela pourrait s’appeler: Faites vos jeux. Rien ne va plus! 

L’aventure de Jean Fournier (Claude Mann) commence, guidée par le hasard et la passion du jeu.

Jean est introduit dans ce cercle infernal par un collègue plus expérimenté (Paul Guers). Lui est novice en toutes choses. Sa vie s’éclaire, son visage s’illumine, il croit enfin en son destin.

Mais la chance peut tourner. Nice, Monte-Carlo, là ou l’on ne vit que pour le jeu.

Ne plus vivre comme un petit garçon stupide, dit-il à son père courroucé d’apprendre que son fils gagne de l’argent sans le mériter. Et qui le chasse.

Descendre sur la Côte d’Azur. Nice a un parfum d’Italie. Les ruelles, la lumière, la chambre d’hôtel aux murs blancs, comme une clinique.

La Baie des anges est une symphonie en noir et blanc que Jacques Demy, dit-on, voulait faire en couleurs – ce qui, à l’époque, aurait coûté beaucoup d’argent. Quitte à le faire en noir et blanc, autant qu’il y ait du contraste. Tout sauf du gris. Les noirs sont très noirs, les blancs très blancs.

Jackie Moreau (sublime Jeanne Moreau) a les cheveux oxygénés, cramés par la passion et la lumière. Elle porte un tailleur blanc dessiné par Pierre Cardin. Ou un fourreau noir et blanc, les couleurs emblématiques du film.

Jean lui porte chance. Mais cela ne dure qu’un temps.

– Partons, nous allons perdre.

– Vous croyez ?

– J’en suis sûr.

Jackie est et vit borderline, toujours à la frontière du pire. Elle frise la catastrophe, et elle aime ça. On pourrait dire que c’est sa jouissance.

Brûler sa vie.

« La joie que j’éprouve au jeu n’est comparable à aucune joie. », dit-elle.

Son mari, très riche, est jaloux de cette passion. Elle divorce.

« Croyez-moi Jean, il ne faut jamais laisser passer la chance. »

Ils y retournent. Pour perdre. Pourtant elle dit : nous allons gagner, je le sens.

Ils sortent à sec.

Elle dit encore : « Être ici ou à Paris, qu’elle importance, il faut bien être quelque part. Personne ne m’attend là-bas. »

Il lui dit qu’il a été fiancé mais qu’il a eu peur de voir ce qu’il allait devenir, sa vie raisonnable, sans risque, sans surprise.

Tout le cinéma de Jacques Demy est résumé dans cette phrase. Depuis Lola jusqu’à Une chambre en ville, les personnages de Demy sont guidés par le hasard et mènent une vie déraisonnable. Vivre c’est sortir du cadre étroit d’une vie rangée. Le cinéma c’est l’aventure. Et celle-ci se montre souvent impitoyable.

Jackie perd tout.

Un homme l’accoste, l’invite à boire un verre au bar.

Elle se refait en jouant le 23.

Racoleuse.

La chance revient. Au moment où on croit que tout est perdu, tout s’arrange.

Jackie et Jean mènent la grande vie à Monte-Carlo.

Elle l’entraîne dans le tourbillon de la vie.

Une suite avec une terrasse, nous serons mieux.

Elle dit à Jean : « Si j’aimais l’argent je ne le gaspillerais pas. Ce que j’aime justement dans le jeu, c’est cette existence idiote faite de luxe et pauvreté. »

Elle aime le mystère des chiffres. C’est comme entrer dans une église.

Retour à Nice – la “Baie des angesˮ leur porte bonheur.

Pas tant que ça. Ils perdent tout.

Jean fait appel à son père, qui envoie un mandat.

Elle : Je me sens pourrie de l’intérieur. Je salis tout ce que je touche.

Lui : J’ai de l’argent, je rentre à Paris.

Elle : Je ne te retiens pas.

Lui : Viens avec moi.

Elle : Laisse moi tranquille, tu ne vois pas que tu me fais perdre.

Il s’en va.

Elle court derrière lui. JEAN.

Jeanne Moreau vient cette fois encore de jouer sa vie sur un coup de tête.

Cinquante ans après avoir été réalisé, La Baie des anges donne toujours le frisson.

2 Réponses à “La Baie des anges, version restaurée”

  1. Delphine Pineau a écrit :

    Ton texte aussi.

  2. Natasha Galloway a écrit :

    J’ai vu La Baie des anges dans un Festival du Film Francais a San Francisco. Very great movie. Jeanne Moreau y est Marilyn a souhait. Borderline. Sinon, la Cinematheque est un tel lieu d’échanges, de rencontres, de jouissances scopiques. So sexy. Glamour. A quand d’ailleurs un cycle du film porno entre vos murs ? Faut y aller Serge. Faut oser. DSK pourrait en etre l’invite d’honneur, ou Depardieu, si on n’arrive pas a avoir l’original prenons la copie ! Life is a joke. Cinema is Life.

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