Notre ami Jean-Henri Roger

Jean-Henri Roger ne connaîtra pas 2013. Il est mort vers vingt heures, le 31 décembre, dans sa maison de St Cast en Bretagne, après avoir préparé un dîner de fête.  Ce ne sera donc pas la fête pour tous les amis de cet éternel jeune homme fougueux et bavard, toujours sur la brèche. Nous nous connaissions depuis quarante ans et, j’ai beau chercher, je n’ai pas d’autre exemple d’un être aussi fidèle que lui à ce que fut sa jeunesse, à ce que furent ses engagements, à ce que fut sa passion du militantisme politique et culturel. Les années ont passé, les causes ont changé, et nous avec. Jean-Henri demeurait sur la brèche, toujours disponible pour participer à la lutte, à défendre les sans-papiers, à organiser la résistance, à réaliser des films militants. Il en devenait parfois excessif, mais sa sincérité était pure, intacte, sa loyauté aussi. Il y avait une cause à défendre, Jean-Henri Roger était en première ligne. Je trouvais qu’il avait grossi, ces dernières années, et je m’inquiétais de sa santé. Il buvait, il mangeait, il fumait. Ses proches aussi. Serge Le Péron, qui m’a annoncé lundi la nouvelle, la voix secouée de larmes au téléphone, veillait sur son ami et s’inquiétait de son état, le trouvant ces derniers temps déprimé. Mais Jean-Henri rebondissait sans cesse, même après de graves accidents qui en auraient laissé d’autres sur le carreau. Il avait une force de vie et une énergie incroyables, bien au-dessus de la moyenne. C’est aussi pour cela que nous l’aimions.

Jean-Henri a coréalisé deux films avec Juliet Berto, Neige et Cap Canaille. Je me souviens d’elle et lui, à Cannes, en mai 1981, quand Neige avait été sélectionné en compétition officielle. Le bonheur et la jeunesse, l’insouciance également, parcouraient La Croisette. Juliet est morte quelques années plus tard, tout le monde était triste, Jean-Henri surtout. Quelques années auparavant, Jean-Henri avait été proche de Godard et de Jean-Pierre Gorin, à travers le Groupe Dziga Vertov. C’était en 1969, juste après Mai 68 : British Sounds et Pravda, films vus et revus, et qui ont été pour nous comme des films d’école, des films d’apprentissage, pour mieux comprendre et voir le cinéma, et à quoi servent les images et les sons. Jean-Henri a bourlingué, enseigné le cinéma à Vincennes, puis à l’Université de Paris 8 Saint-Denis, dont il a même été à un moment le Vice-président, il a eu des responsabilités à la SRF, participé à la création de l’ACID, toujours prêt à se battre pour le cinéma et la liberté. Je vois bien qu’en écrivant, je commence à être solennel. Jean-Henri, entre autres qualités, ne se prenait pas trop au sérieux, la vie était un jeu et il s’amusait. Il vivait et il aidait les autres à vivre. C’est fou ce qu’il s’est amusé. On aurait aimé continuer de s’amuser avec lui. Comme avant.

Une pensée affectueuse à ses trois filles: Jane, Félice et Paula, ainsi qu’à Marie et Isabelle. Et à tous les amis de Jean-Henri.

Les obsèques de Jean-Henri Roger auront lieu mercredi 9 janvier 20123, à 10h30 au Père Lachaise. 

10 Réponses à “Notre ami Jean-Henri Roger”

  1. Luce VIGO a écrit :

    Un bien beau texte pour saluer le départ de notre ami Jean-Henri

    Merci, Serge!

  2. bouguereau a écrit :

    Merci pour ce beau texte

    Dans l’histoire de Jean-Henri tu aurais pu ajouter qu’en Mai 68 il avait travaillé à ACTION le quotidien de Mai 68

  3. serge toubiana a écrit :

    ACID
    Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion

    SRF
    Société des réalisateurs de films

    3 janvier 2013

    Notre ami, le cinéaste Jean-Henri Roger est mort le 31 décembre au soir, victime d’une crise cardiaque, à l’âge de 63 ans.

    Fils de militants communistes et résistants au nazisme, il s’était engagé dans de nombreux combats. En 1969, membre du groupe Dziga Vertov aux côtés de Jean Luc Godard, il co-réalise avec lui British Sounds, puis Pravda. Il rejoint au début des années 70 Cinéluttes et participe aux films militants tournés par le groupe. En 1981 il coréalise Neige avec Juliet Berto, qui sera présenté la même année au Festival de Cannes, où il obtiendra le Prix du cinéma contemporain. Deux ans plus tard, toujours avec Juliet Berto il signe Cap Canaille, présenté en compétition à Berlin. Puis il réalise seul Lulu en 2002 et Code 68 en 2005. Maître de Conférence au département Cinéma (qu’il a contribué à fonder) de l’Université Paris 8, il y enseignait encore ces jours-ci, avec la même passion.

    Parallèlement, toutes ces années, il a été un infatigable militant du cinéma indépendant, débatteur fougueux et éclaireur lucide. Co-président de la SRF (Société des réalisateurs de films) à plusieurs reprises, il a contribué à fonder le BLOC (Bureau de Liaison des Organisations du Cinéma) et a fait partie de la petite bande qui a créé l’ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion), association de réalisateurs qui choisissent, défendent et aident à diffuser le cinéma indépendant auprès du plus grand nombre, association qu’il présidera également 2 ans.

    Il a participé à la réalisation de trois courts-métrages dans le cadre du « collectif des cinéastes pour les sans-papiers » qui ont été montrés en France sur plus de 300 copies : Nous sans-papiers de France (1997), Laissez les grandir ici (2007) et On bosse ici, on vit ici, on reste ici (2012). Dernièrement, il avait entrepris la réalisation d’un documentaire sur son enfance à Marseille.

    Les cinéastes et les équipes de l’ACID et de la SRF saluent le cinéaste militant et adressent leurs pensées émues et chaleureuses à sa famille.

    La cérémonie funéraire aura lieu mercredi 9 janvier à 10h30 au crématorium du Père Lachaise.

    Contacts :

    ACID 01 44 89 99 91
    SRF 01 44 89 99 65

  4. Daniel Chabannes a écrit :

    Merci Serge pour ce beau texte autour de Jean-henri Roger, homme passionné, homme d’exception, homme généreux et remarquable ! Toutes mes pensées vont à sa famille et tout particulièrement à Jane à qui je dois beaucoup. Merci
    Daniel Chabannes

  5. Emmanuel Dreux a écrit :

    sur le lien du Labo cinéma de Paris 8 ci-dessous, un texte d’hommage de Jean-Louis Comolli à Jean-Henri et un autre lien vers un film qu’il a réalisé en 2011 avec les étudiants de Licence de l’université.

    http://www.estca.univ-paris8.fr/

  6. Delacruz Jean-Mrac a écrit :

    Quel tristesse! Un cinéaste qui comptera dans l’histoire du cinéma et
    dans notre histoire.
    Neige qui vient de sortir en DVD restera comme un film unique.
    il aura marqué notre cinéphilie adolescente dans les 80’s.
    Une pensée pour Jane et à sa famille.
    Un exploitant-programmateur très triste.

  7. evelyne GALLO a écrit :

    Quand on avait des parents communistes on n’échappait pas au voyage d’études en URSS. C’est donc au cours d’un séjour en URSS, en 64 que je connus Jean Henri, adolescent de 14 ans, fougueux et drôle; Un vrai « boulégon!!  »
    L’amitié naquit. De retour à Marseille ce fut d’interminables soirées dans les cafés marseillais à bavasser autour du petit livre rouge ou à mettre en place des cours pour les travailleurs immigrés ou encore à entreprendre une action afin de récolter des fonds pour les pays en voie de développement.
    Nous fréquentions assidûment le ciné d’art et d’essai le Festival, sur le vieux port pour voir et revoir les Antonioni, Godard et bien d’autres films encore..
    Puis nos chemins se sont séparés.
    J’ai revu Jean Henri à Cassis après Neige.
    Il était toujours épris de justice, passionné et d’une rare honnêteté intellectuelle.
    Quel bonheur de le retrouver!
    Aujourd’hui, devant sa disparition mon impuissance m’est insupportable.
    Jean henri, je t’embrasse une dernière fois tendrement !!

  8. Stéphane a écrit :

    Autre disparition, celle du réalisateur et producteur Louis FELIX, décédé le 20 janvier dans sa 93e année.
    Né en 1920 à Toulouse, il assiste, grâce à un oncle qui alimente les plateaux en électricité, au tournage de « Napoléon » de Gance et celui de « Jeanne d’Arc », héritant ainsi du virus du cinéma. Technicien autodidacte, il participe au tournage épique de la Libération de Paris. S’ensuit une carrière de reporter cameraman aux Actualités françaises (1944-1946) puis à Éclair Journal (1946-1950). Entre temps il participe en tant que chef op’ à « L’école des facteurs », portant le film à bout de bras, Jacques Tati étant néophyte dans la technique cinématographique. Les années 1950-1955, le voit créer sa boîte de production de court-métrages, il réalise notamment « Mon ami pierre », sur la pêche à la morue dans le Grand nord, qui lui vaut un prix à Venise.
    A partir de 1955, avec sa compagne Lola Kohn et leur société KLF, il se lance dans l’aventure du long-métrage. Le premier est « Ce sacré Amédée » (sortie en 1957), tentative un peu maladroite de burlesque mais avec de vrais moments poétiques. Viennent ensuite « Chaleurs d’été » (1958) et « Heures chaudes », études de mœurs avec tournage en plein air (Félix est un temps rattaché à la nouvelle vague) teinté d’un érotisme suranné qui fait de lui un précurseur des films de Bénazéraf.
    Son dernier long-métrage se nomme « Hold-up à Saint-trop' » (titre original « Les play-boys ») avant la faillite de sa société à la suite de celle de son distributeur.
    C’était un homme d’une grande culture, amoureux de l’île de Formentera et un peintre de qualité.
    Il serait vraiment bien que la CF puisse lui rendre hommage à travers une projection d’un de ses films.
    Merci

  9. film streaming a écrit :

    Paix a son âme, une grande perte.

  10. Martine Louis a écrit :

    Nos parents étaient amis. Nous, nous le sommes restés.
    Jean-Henri aimait la vie plus que tout. Il a vécu et est mort comme il le
    désirait certes, mais pas assez longtemps à nôtre goût !!!
    Une ultime fois; je t’embrasse, cher ami d’enfance.

Laissez une réponse

*