Le sujet de l’année : l’intervalle

Comment l’intervalle entre les personnages mais aussi la distance entre la caméra et les personnages produit sens et émotion dans les films.

 Voici quelques notes rédigées par Alain Bergala:

LE CINEMA, ART DE L’INTERVALLE

Serge Daney disait : « Filmer entre n’est possible que si l’on pense que ce qu’il y a entre les gens c’est ce qui les réunit et ce qui les sépare. L’entre, pour moi, est pensé sur le mode de l’intervalle, du vide, du neutre. Paradoxe : la distance qui me sépare de quelque chose m’en sépare et me réunit à cette chose. C’est l’espace aristotélicien, l’espace géométral, qui nous a formés profondément, même si l’on sait qu’il y en a un autre qui permet de comprendre les choses, qui est l’espace du désir et de la pulsion, qui, lui, n’est pas géométral. C’est la rencontre des deux qui fait qu’il peut y avoir Lang et Hitchcock. »

Il y a une autre énigme de l’intervalle : c’est le fait qu’au cinéma c’est dans le même espace visible, apparemment homogène pour la perception, que s’inscrit l’intervalle entre les figures, et l’intervalle entre la caméra et les figures. C’est le même espace où se jouent les rapports entre les créatures de la fiction, et où se joue le rapport entre le créateur (puis le spectateur) et ses créatures.

Cet intervalle relève souvent du rapport du cinéaste à ses acteurs : c’est, par exemple, Jean Renoir s’approchant de Sylvia Bataille au moment de la larme d’Une partie de campagne.

L’intervalle entre les figures et l’intervalle entre la caméra et les figures peuvent être, comme dit Serge Daney, objectifs ou traversés ou tendus par de la pulsion.

L’intervalle entre les personnes ne relève pas seulement des relations intersubjectives mais aussi des cultures et des sociétés. On ne se tient pas à la même distance de son patron ou de l’employé de la poste en France, en Inde et au Japon. Des codes culturels prescrivent, même si nous n’en sommes pas conscients, les distances de proximité dans les situations sociales.

Le traitement de l’intervalle est une pièce maîtresse pour le cinéaste dans sa façon de produire l’émotion. Du côté des relations entre les personnages mais aussi du côté de la relation que la distance de la caméra provoque chez le spectateur.

Il y a des grands cinéastes de l’intervalle : Renoir, Mizoguchi, Hitchcock, Truffaut, Antonioni, Rossellini, Bergman, Godard, etc…

On travaillera quelques figures privilégiées de l’intervalle : la rencontre, le regard désirant, les personnages au spectacle, la scène de ménage, la scène d’envie ou de jalousie, etc…

On pourrait travailler sur un film entier cette question de l’intervalle : Moonrise Kingdom de Wes Anderson, ou L’Argent de poche, de François Truffaut.

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