Steven Spielberg adopté à la Cinémathèque française

Posté dans Cinéma le 10.01.2012 par serge toubiana

La venue de Steven Spielberg hier a fait événement, comme prévu. Les places pour assister à sa « leçon de cinéma » avaient été prises d’assaut. Jamais la Cinémathèque n’avait reçu autant de demandes, provenant de toutes parts. Si bien qu’il a fallu ouvrir les trois salles pour accueillir le maximum de spectateurs. Et encore, une bonne partie des fans et passionnés du cinéma de Spielberg n’a pu assister à ce moment inoubliable. Heureusement, cette « leçon de cinéma » a été filmée et transmise en direct sur le site de arte.tv, ce qui rend possible à chacun d’y accéder. Voir aussi sur le site : cinematheque.fr

Steven Spielberg est arrivé à 18h5, comme prévu, avant la fin de la projection de War Horse, son dernier film projeté à 16 heures. Costa-Gavras et moi l’avons accueilli, rejoints par Jean-François Camilleri, le pdg de Disney France (War Horse sortira le 22 février, distribué par Disney). Nathalie Baye est là, très heureuse de retrouver le cinéaste qui l’a dirigée en 2002 dans Catch Me if You Can. Lorsque Costa-Gavras demande à Spielberg s’il accepterait de passer dans la salle Georges Franju pour saluer le public, l’auteur de E.T. accepte volontiers. Les 200 spectateurs présents n’en croient pas leurs yeux, se lèvent et applaudissent le cinéaste avec une ferveur inouïe. Costa et Spielberg se rendent ensuite dans la salle Epstein (96 places) : même accueil. Puis nous rejoignons la salle Langlois, pleine à craquer. Le public se lève comme un seul homme pour acclamer Steven Spielberg. L’ovation dure plusieurs minutes. Spielberg est littéralement cueilli, je vois son regard ému, il remercie la salle.

Assis et l’entourant, Costa-Gavras et moi commençons à lui poser quelques questions sur War Horse, le choix du sujet – une adaptation d’un roman de Michael Morpurgo paru en 1982, adapté récemment au théâtre à Londres, avant que Kathleen Kennedy, la productrice travaillant aux côtés de Spielberg, ne recommande à celui-ci de lire le livre, les lignes directrices de la mise en scène. La conversation dure un peu plus d’une heure, dense, fluide, et Spielberg est tout à fait à son aise pour parler de sa conception du cinéma.

Costa-Gavras et moi avions préparé nos questions et revu War Horse dans l’après-midi. Et pourtant, je n’ai jamais été autant ému et intimidé à l’idée de questionner un réalisateur que je ne l’ai été hier avec Steven Spielberg. J’avais un trac fou. Cela tient à l’idée que l’on se fait dela personne. Je savais aussi combien il avait fallu attendre ce moment tant espéré, unique. Je me souviens que Costa-Gavras a écrit à Spielberg en 2009, il y a donc plus de deux ans. En avril 2009, alors que nous étions ensemble à Los Angeles à l’occasion de COL COA (« City of Lights, City of Angels », le festival de films français organisé par le Fonds Culturel Franco-Américain, Costa a téléphoné à Spielberg, et celui-ci avait répondu oui sans hésiter. Il fallait ensuite attendre le moment propice où Spielberg serait de passage à Paris. J’avais revu plusieurs de ses films, lu et visionné des entretiens qu’il a donnés ici ou là, je m’étais renseigné sur le personnage, je savais qu’il répondait avec intelligence et lucidité à toutes les questions portant sur ses films. On a beau savoir, il faut à un moment se jeter à l’eau…

A deux mètres de lui, j’ai été sidéré par sa ressemblance (y compris physique) avec François Truffaut : même passion, même flamme dans le regard pour évoquer ses choix de mise en scène et sa manière de concevoir le cinéma, même humilité, même conviction dans le pouvoir du cinéma, non de reproduire la vie réelle mais d’en proposer une version autre, bigger than life. Même lucidité sur son propre travail, même capacité d’évoquer tour à tour les intentions du film et la réalisation. Même sentiment de proximité intime avec le cinéma. C’est la raison pour laquelle je tenais, vers la fin de cette leçon de cinéma, à évoquer Truffaut et à avoir le point de vue de Spielberg.

Spielberg a réagi au quart de tour, évoquant longuement le tournage de Close Encounters of the Third Kind, son quatrième film entrepris après Duel, Sugarland Express et Jaws. Il a à peine 30 ans en 1976, Truffaut en a 44. Les deux hommes s’apprécient et s’entendent à merveille, l’expérience est profitable des deux côtés. Truffaut vient de terminer L’Argent de poche (Small Change, titre anglais), et travaille au scénario de L’Homme qui aimait les femmes, qu’il tournera à son retour des Etats-Unis. A Mobile (Alabama) où se déroule le tournage de Close Encounters…, Truffaut a du temps, entre les prises – car le tournage impose des contraintes techniques énormes pour l’époque, dues essentiellement aux effets spéciaux – pour peaufiner le scénario qu’il coécrit avec Michel Fermaud et Suzanne Schiffman. Spielberg a vu, comme beaucoup d’Américains à cette époque, L’Enfant sauvage, réalisé par Truffaut en 1969. Le film n’a pas tellement marché en France, mal compris, sorti en plein courant idéologique post-68. Aux Etats-Unis le film a circulé, beaucoup circulé, entre autres sur les campus. Les Américains ont mieux compris le film, l’histoire d’un professeur (Itard, joué par Truffaut lui-même) essayant d’éduquer un enfant sauvage. Spielberg a vu le film à cette époque, qui est celle de ses débuts àla télévision. La grande question, et il me semble qu’elle est commune à Truffaut et à Spielberg, c’est : comment appartenir au monde ? Comment apprendre les rudiments du langage permettant à l’être humain de se débrouiller dans et avec le monde, de trouver son objet singulier. Spielberg a dit hier qu’il se sentait comme Truffaut un « enfant sauvage ». Pour lui, comme pour Truffaut, il a fallu trouver cet objet, le cinéma, l’habiter et en faire un refuge. L’un et l’autre y ont mis toute leur énergie, dès l’enfance. Le refuge de Spielberg c’est aujourd’hui Dreamworks – ça a d’abord été Amblin, la société de production qu’il a créée à ses débuts. Un refuge de luxe, mais qui demande beaucoup de travail et d’énergie. Pour Truffaut, cela fut, de manière plus modeste, les Films du Carrosse. Au-delà de la société de production réelle, qui permet à ces deux cinéastes d’affirmer leur totale indépendance – celle de Spielberg est énorme, planétaire : il est LE cinéaste pouvant tout se permettre, étant donné les énormes succès obtenus par la plupart de ses films -, c’est le cinéma lui-même qui est leur refuge. Spielberg était incroyable hier, répondant à nos questions sur sa boulimie de travail : comment peut-il entreprendre, coup sur coup, voire de manière simultanée, deux, parfois trois films en même temps : parce que faire des films est sa seule passion, et s’il ne raconte pas une histoire, la vie l’ennuie vite. C’était la même chose pour Truffaut. Vivre totalement à l’intérieur du cinéma, en faire son lieu exclusif, l’affaire de toute une vie.

Spielberg est reparti heureux après cette leçon de cinéma et son passage à la Cinémathèque. Il nous l’a dit : « J’ai eu le sentiment d’être adopté par la Cinémathèque française », a-t-il dit à Costa-Gavras et moi. Jamais depuis l’accueil de E.T. à Cannes en 1982 je n’avais reçu pareil accueil ». Oui, cher Steven Spielberg, nous vous avons adopté, le public de la Cinémathèque vous a adopté, et il vous l’a démontré hier avec une ferveur inouïe. Alors, à bientôt.

Un grand merci à The Walt Disney Company France, à Jean-Fraçois Camilleri et son équipe; un merci tout spécial à Michèle Abitbol-Lasry pour sa confiance, et à Clélia Cohen pour son aide précieuse. Merci à Arte.tv et à Marie-Laure Lesage.

2011, fréquentation record à la Cinémathèque française !

Posté dans Cinéma le 4.01.2012 par serge toubiana

Depuis son installation rue de Bercy en septembre 2005, La Cinémathèque française a atteint un niveau record de fréquentation en 2011, avec 518.000 spectateurs/visiteurs. Soit une augmentation de 35 % par rapport à l’année précédente.

Cette forte progression est d’abord due au succès de l’exposition consacrée à Stanley Kubrick qui, à elle seule, a été fréquentée par 140.000 visiteurs. Il faut y ajouter l’exposition Metropolis, qui fermera ses portes à la fin du mois de janvier, et qui a déjà enregistré 38.000 visiteurs depuis son ouverture mi-octobre.

Par ailleurs, toutes les activités régulières ont connu une affluence importante : notamment les rétrospectives et hommages à Hitchcock, Blake Edwards, Roberto Gavaldòn, Nouri Bouzid, Renato Berta, Bruno Coulais, Nanni Moretti, Fritz Lang, Francesco Rosi, Ritwik Ghatak, Shirley MacLaine, Jacques Perrin, Hong Sang-soo, ou encore la programmation « Perles noires ». De même conférences, lectures, ateliers pédagogiques, conférences du Conservatoire des techniques cinématographiques, visites guidées des expositions et du Musée du Cinéma, activités éducatives, ont vu leurs publics s’élargir, sans oublier la Bibliothèque du film fréquentée par les étudiants et chercheurs. Enfin, la Librairie de La Cinémathèque dont l’activité commerciale et l’offre très diversifiée (ouvrages, dvd, revues, produits dérivés) témoignent qu’elle est devenue un lieu de référence pour tous les cinéphiles.

Le succès de la Cinémathèque française se mesure également à la reconnaissance que lui vouent les professionnels du cinéma – cinéastes, acteurs, producteurs, scénaristes, collaborateurs artistiques et techniciens -, reconnaissance qui se traduit par l’augmentation continue de leurs dons et dépôts : appareils, costumes, photographies, affiches, archives n’ont jamais rejoint ses collections en si grand volume. Ils constituent la garantie d’une offre future toujours plus large destinée aux étudiants, chercheurs, documentalistes et auteurs travaillant sur l’histoire du cinéma et la matière de futures expositions et publications.

L’année 2012 qui commence s’annonce tout aussi diverses et prolifique : expositions Tim Burton à partir de mars, et Les Enfants du Paradis de Marcel Carné en octobre, hommage en sa présence à Steven Spielberg en janvier, rétrospectives consacrées à Robert Altman, Tim Burton, Alain Cavalier, Philippe Rousselot, Gabriel Yared, entre autres. 2012 poursuivra cet élan impulsé depuis l’installation dans le bâtiment de Frank Gerhy.

2012 commence bien avec Clint Eastwood

Posté dans Cinéma le 1.01.2012 par serge toubiana

C’est le moment de souhaiter une très bonne année aux lecteurs de ce blog. Une très bonne année de cinéma, bien sûr, mais aussi de joie et de sérénité. J’espère aussi que vous serez plus nombreux à réagir et à formuler vos opinions. Ce blog vous est ouvert. Dès le 11 janvier sortira J. Edgar, le nouveau film de Clint Eastwood, à qui la Cinémathèque rend hommage depuis plus de trois semaines dans le cadre d’une rétrospective complète des films qu’il a réalisés (ne figurent pas ceux dans lesquels il a simplement été acteur). Elle dure jusqu’au 12 janvier. Avec Jean-François Rauger, nous espérions sincèrement la venue de Clint Eastwood à Paris. Cela ne s’est pas fait pour des raisons d’emploi du temps – on sait que le cinéaste enchaîne un film après l’autre. Mais le grand Clint nous a adressé une courte mais très sympathique lettre, le 8 décembre dernier, dans laquelle il dit « être désolé de ne pouvoir être à Paris pour se joindre à nous pour cette rétrospective cette année, ce qui l’embête beaucoup car il est un “big fan » de la Cinémathèque ». De manière amicale et élégante, ce qui n’est guère étonnant de la part d’un homme comme lui, il dit « se souvenir de sa première rétrospective durant l’hiver 1983-84. Le public français a toujours été si gentil et su apprécier mes films, aussi c’est un grand honneur d’être à nouveau à l’honneur à la Cinémathèque ». Et Clint Eastwood termine sa lettre « en formulant l’espoir de nous rencontrer lors de son prochain passage en France ». Bref, il n’y a qu’un mot à dire : make my day !

Je me souviens du passage de Clint Eastwood à Chaillot au milieu des années 80 – il était venu à l’occasion de la sortie de Tightrope (La Corde raide), réalisé par Richard Tuggle. Cela correspond à un moment charnière de sa carrière, où ses films ont enfin été pris au sérieux par la critique qui, jusque-là, les prenait trop souvent de haut. Il y avait comme un malentendu, profond et tenace, qui venait du fait que ceux qui l’aimaient ou l’admiraient comme acteur – il était une véritable icône du western et du film policier – ne prenaient pas du tout au sérieux ses films et du même coup son projet de cinéaste. Ce passage à la Cinémathèque a joué pour faire enfin coïncider ou se recoller les deux images de Clint Eastwood : celle de l’acteur star et celle du cinéaste. Ensuite les choses ont évolué positivement, et chaque film de Clint Eastwood a été pris en compte avec plus ou moins de sérieux, mais toujours avec respect.

Dans mes souvenirs personnels, la rencontre avec lui – j’étais en compagnie de Nicolas Saada, c’était en mars 2000 – dans les bureaux de Malpaso, sa société de production située dans l’enceinte des studios de Warner Bros. à Burbank, constitue le moment le plus fort et le plus émouvant de ma vie de journaliste de cinéma[1]. Avec Nicolas, nous avions passé trois jours à interviewer Clint Eastwood, d’abord à Carmel, puis à Burbank, il nous avait reçu très chaleureusement, avec simplicité et en nous donnant tout son temps. Puis nous avions interrogé ses principaux collaborateurs : Tom Stern, Jack Green, Joel Cox, Henry Bumstead, tous très éloquents pour parler de la « méthode » Eastwood fondée sur la confiance, un esprit artisanal assumé et partagé, et sur le fait que, de par son expérience d’acteur de télévision et son sens de l’observation, Eastwood connaît tous les métiers du cinéma, ce qui lui permet de dialoguer avec chacun en connaissance de cause. Ce qui émane aussi de lui, c’est la tranquillité, l’assurance de ne pas se tromper dans ses choix et ses décisions, le tout en gardant une profonde humilité. Tous ceux qui l’ont approché ou interviewer le confirment.

J. Edgar est un film ambitieux et sombre, tiré d’un scénario de Dustin Lance Black, qui a écrit celui de Harvey Milk de Gus van Sant. C’est la vie de J. Edgar Hoover, le patron du FBI pendant près d’un demi-siècle, de 1924 à 1972, même si le film ne se résume pas à une biographie filmée ou un biopic comme disent les Américains. C’est l’exploration patiente et légèrement funèbre d’un homme qui aimait à la folie les secrets. Et qui savait les conserver pour s’en servir le moment venu, afin de faire pression sur tel ou tel homme politique, tel ou tel président des Etats-Unis. Un homme dont le rêve absolu était de contrôler la vie des autres et d’éradiquer le crime. Quitte à faire l’impasse sur sa propre vie et à masquer ses failles. J. Edgar s’articule incroyablement, comme un fil(m) torsadé, entre ces deux pôles, l’intime (et l’ambiguïté sexuelle : il vit avec Clyde Tolson, à la fois son conseiller, confident et sans doute amant, le lien familial que le personnage entretient avec sa mère, une relation fusionnelle et ambiguë, et l’homme public obsédé par l’ordre et le contrôle. Le film, qui fait sans cesse des allers et retours entre le passé et le présent, toujours sombre et passionnant, ne cherche pas à résoudre de manière définitive l’équation personnelle d’un tel personnage, figure de pouvoir comme il en a peu existé au cours du XXe siècle. J. Edgar est un film ouvert et qui questionne, explore, fait sans cesse des allers-retours, à la recherche de la vérité. Eastwood ne cherche pas tant à de détruire le personnage (très facilement condamnable sur le plus politique et idéologique) qu’à montrer le lien mystérieux qui unit ses obsessions et ses conduites publiques, sur une si longue durée. Car, ce qui est central dans les films de Eastwood, c’est toujours le Temps. Quelle est cette chose mélancolique qui organise la vie des hommes ? La réponse que propose J. Edgar, servi par un extraordinaire acteur comme Leonardo DiCaprio, est totalement ouverte et passionnante.

 


[1] C’était au moment où Eastwood venait de terminer Space Cowboys, voir n° 549 des Cahiers du cinéma, septembre 2000.

Rossana Rummo, notre amie italienne

Posté dans Cinéma le 16.12.2011 par serge toubiana

Hier soir, l’Institut culturel italien de Paris, rue de Grenelle, vivait un moment inoubliable. Exceptionnel. C’était à la fois la dernière soirée culturelle avant les fêtes de fin d’année. Mais aussi et surtout la dernière initiative de sa directrice, Rossana Rummo qui, après quatre années passées à Paris, rejoint dès mardi prochain Rome et le ministère de la culture italien. Rossana Rummo était fêtée hier avec enthousiasme et émotion par le public venu nombreux, et par son équipe qui la voit partir avec tristesse. C’est peu de dire qu’elle laissera une trace pour son action à la tête de l’Institut culturel italien. Elle avait conçu hier une « soirée surprise », centrée sur le chanteur napolitain Enzo Gragnaliello, personnage principal d’un beau documentaire réalisé par Carlo Luglio, Radici. Après la projection, Enzo Gragnaniello, accompagné de Piero Gallo à la mandoline, donna un récital magnifique, qui dura plus d’une heure, devant un public fervent qui battait des mains. Tout était réuni, le talent, l’émotion, la convivialité. Et déjà la nostalgie, du fait du départ de Rossana Rummo.

La Cinémathèque a noué une relation très complice avec Rossana Rummo depuis son arrivée à Paris à la direction de l’Institut culturel italien. A sa demande, j’ai écrit ce texte qui figure dans une belle brochure intitulée « Cahier italien », publiée à l’occasion de son départ, où figurent des textes de Yves Bonnefoy, Jean Clair, Emmanuel Demarcy-Motta, jean-Luc Monterosso et quelques autres.

Tout au long de ces quatre dernières années, les « soirées italiennes » ont été très nombreuses à la Cinémathèque française. Gaies, vivantes, stimulantes, organisées autour de films italiens, de cinéastes italiens, toujours suivies par un public fervent et mélangé.

Ainsi, avons-nous rendu hommage à quelques figures essentielles. Je pense à Giuseppe Rotunno, le grand directeur de la photographie de Visconti, Fellini et de tant d’autres grands réalisateurs  -Rotunno était notre invité à Paris au printemps 2006. Je me souviens de la programmation « Tutto Fellini », au moment de l’exposition qui se tenait en octobre 2009 au Jeu de paume, cycle qui connut un incroyable succès public, tant de jeunes cinéphiles venant découvrir pour la première fois sur grand écran des chefs-d’œuvre comme La dolce vita et Huit et demi. Je pense aussi à Mario Monicelli à qui la Cinémathèque rendait hommage en mars 2008, en sa présence, celle d’un homme âgé mais vif et toujours passionné par son métier. Plus récemment il y eut la rétrospective consacrée à Francesco Rosi en sa présence en juin dernier ; puis Nanni Moretti, venu à Paris en septembre 2011 à l’occasion de la sortie de Habemus Papam, avec Michel Piccoli, occasion rêvée de montrer tout son œuvre. A chaque fois, j’ai constaté combien le public de la Cinémathèque était curieux de voir ou revoir des films italiens – pas seulement ceux de la « Comédie à l’Italienne » -, de connaître son histoire, ses auteurs, ses acteurs. N’oublions pas que le cinéma italien dans les années 50 à 70 était souvent coproduit avec la France, et que de nombreux acteurs et actrices firent le va-et-vient entre Paris et Cinecittá. Cette complicité ou ce cousinage a toujours existé entre nos deux cinématographies.

Pour chacune de ces soirées, pour chacun de ces événements, la Cinémathèque française a trouvé en Rossana Rummo une partenaire enthousiaste, une complice pleine d’énergie, une femme intelligente et toujours disponible, partante. Nous avons fait ce chemin ensemble, celui de parcourir le cinéma italien d’hier et d’aujourd’hui, conscients de son incroyable richesse. Il suffisait de montrer les films, d’organiser des rencontres, de donner la parole à des créateurs, des cinéastes, des acteurs et actrices. Je pense par exemple à Histoires d’It, festival annuel de documentaires italiens faisant découvrir l’Italie, son histoire, sa réalité complexe, ses contrastes et ses ambiguïtés, à un public parisien : chaque ouverture s’est faite à la Cinémathèque en présence de réalisateurs et d’invités prestigieux.

Sous l’impulsion de Rossana Rummo, l’Institut culturel italien à Paris a connu une effervescence exceptionnelle. Combien de fois m’est-il arrivé de visiter une exposition, d’assister ou de participer à une table ronde, dans les locaux de l’Institut rue de Grenelle ? Grâce à Rossana, la culture italienne, à travers le cinéma, la littérature, le théâtre ou la photographie, a été présente à Paris dans sa diversité et son dynamisme. Je me souviens aussi de l’hommage que nous avions rendu à Alberto Moravia en 2010, à l’occasion de la parution de la biographie écrite par René de Ceccaty (Flammarion). Nous avions décidé de programmer un grand nombre de films italiens adaptés de son œuvre, sans oublier Le Mépris, le chef-d’œuvre de Godard. Nous eûmes aussi l’idée de concevoir une lecture à partir d’un texte d’une beauté incroyable : un entretien réalisé en 1961 par Moravia avec Claudia Cardinale, dans lequel l’écrivain pose des questions intimes à l’actrice, sur son corps, ses habitudes, ses gestes quotidiens. Claudia Cardinale accepta avec son infinie gentillesse de participer à cette lecture, en jouant son propre rôle. Quant à René de Ceccaty, il fut le lecteur de Moravia, sa voix en quelque sorte. La table ronde organisée le 7 mars 2010 réunissait, outre René de Ceccaty et Claudia Cardinale, Cédric Kahn (qui adapta L’ennui au cinéma en 1988), Alain Elkann, écrivain et essayiste, qui fut proche de Moravia (son livre, Vita de Moravia, a été réédité en 2007 chez Flammarion), et Simone Casini qui a dirigé l’édition des œuvres complètes de Moravia aux éditions Bompiani.

Travailler avec Rossana Rummo a été pour moi un vrai plaisir, car nous partagions l’intuition que le plaisir et le goût de programmer et de transmettre étaient au cœur de notre activité. Diriger une institution culturelle c’est d’abord faire en sorte que la vie entre par les fenêtres, et que le public se sente accueilli, pris par la main – il n’attend que ça. Il y a assez de trésors dans la culture italienne, assez d’artistes et de personnalités libres et talentueuses, pour que nous puissions les accueillir, leur donner la parole, montrer ou programmer leurs œuvres. Rossana Rummo a exercé cette mission avec un talent et une générosité hors-pair. Paris s’en souviendra longtemps.

 

Le retour de Méliès

Posté dans Cinéma le 12.12.2011 par serge toubiana
Costa-Gavras, Madeleine Malthête-Méliès et Serge Toubiana
Costa-Gavras, Madeleine Malthête-Méliès et Serge Toubiana

Georges Méliès revient très fort dans l’actualité, et cela coïncide avec le 150è anniversaire de sa naissance le 8 décembre 1861. Nous avons célébré cet anniversaire jeudi dernier à la Cinémathèque, en présence de la famille du cinéaste. D’abord sous la forme d’une journée d’études très suivie par un public assidu, avec des interventions de spécialistes commeLaurent Mannoni(les débuts de Méliès au cinéma), Jacques Malthête (le studio de Montreuil), Jean-Pierre Berthomé (les décors), Priska Morrissey (les costumes) et Thierry Lefevre (les trucages). Ensuite, au cours de projections de films rares du cinéaste, accompagnées au piano par Jacques Cambra, en présence de Madeleine Malthête-Méliès, la petite-fille de Georges Méliès, dont le rôle fut considérable dans la recherche et la collecte des films de son grand-père tout au long des quarante dernières années. Cette femme élégante et obstinée a passé sa vie à reconstituer l’œuvre clairsemée et mutilée de son génial grand-père, avec patience et entêtement. Elle y est très largement parvenue. Au cours de la soirée, Sylvain Solustri et Betty Serman, comédiens et magiciens, ont lu à deux voix plusieurs lettres de Méliès choisies dans sa riche correspondance avec des patrons de studio ou des officiels du cinéma, dans lesquelles Méliès laisse souvent pointer son amertume et ses désillusions. Sa vie fut en effet remplie de hauts et de bas ; il fut à l’apogée de son art jusque vers les années 10, puis son déclin fut inexorable, le laissant dans la misère et l’oubli, devenu sur le tard vendeur de jouets et de confiseries dans sa boutique dela gare Montparnasse, jusqu’à sa mort le 21 janvier 1938.

Cette célébration de Méliès se trouve magnifiée par le film de Martin Scorsese, Hugo Cabret, qui sort sur les écrans mercredi 14 décembre, si toutefois les copies numériques sortent de LTC dont les techniciens sont en grève du fait de la mise en liquidation du laboratoire. Ce serait une première, qu’un film soit ainsi pénalisé et ne puisse être projeté, d’autant que le nouveau film de Scorsese est tout entier dédié à l’amour du cinématographe. Scorsese a adapté le roman de Brian Selznick, L’Invention de Hugo Cabret (paru chez Bayard Jeunesse), jeune homme ouvert et sympathique, qui a passé beaucoup de temps à faire des recherches dans les archives de Méliès.

Méliès revient en 3D, rien d’anormal pour un cinéaste qui a passé une grande partie de sa vie à inventer des trucages et à jouer de la magie et de la prestidigitation. Maisce qui compte le plus, c’est que Scorsese se soit intéressé et pris de passion pour le destin tragique de Méliès, en en faisant ce vieil homme fatigué et bougon, qui revient tard chez lui après avoir fermé sa boutique de jouets de la gare Montparnasse, reconstituée de manière magnifique dans un studio londonien. Le personnage est incarné par Ben Kingsley, dont la ressemblance avec le réalisateur du Voyage dans la lune est frappante.

Comment se fait-il que ce soit un Américain qui ait voulu faire de Méliès le personnage  central d’un film, aujourd’hui ? On peut tourner autrement la question : comment se fait-il que ce soit un Français, Michel Hazanavicius, qui ait voulu magnifier l’épopée du cinéma muet américain et y soit parvenu ? Il y a une drôle de correspondance, me semble-t-il, entre Hugo Cabret et The Artist, deux films qui regardent vers le passé tout en se servant des techniques les plus sophistiquées qu’autorise le cinéma numérique ou la 3D. Hugo Cabret et The Artist ne sont pas des « films de patrimoine » au sens où on l’entend, ce sont des films vivants et rythmés qui font revivre le temps du muet, de manière à peu près synchrone : la fin des années 20. Avec au centre une même question : quel est le secret perdu ? Qu’est-ce qui, dans cet art du muet, est à jamais perdu ? Les réponses sont multiples. Mais une chose est commune à ces deux films : la place du spectateur. C’est aussi et peut-être avant tout le spectateur de cinéma qui a changé, lors du passage au parlant. La technique a soudain périmé des procédés, des récits ou des mythes, qui autrefois avaient un impact énorme sur le public populaire du monde entier. Le spectateur autrefois primitif est devenu une entité en soi, séparée des autres, un être doué de langage. C’est cette évolution et ce changement dont témoignent Hugo Cabret et The Artist.

A lire : Madeleine Malthête-Méliès fait reparaître la biographie qu’elle a écrite sur son grand-père : Georges Méliès l’enchanteur (la tour verte).

Georges Méliès, A la reconquête du cinématographe ; un beau livre + 3 DVD comprenant 53 films de Méliès, édité par StudioCanal, Fechner Productions et La Cinémathèque française.

Brian Selznick, L’Invention de Hugo Cabret, ouvrage pour enfants illustré (Bayard Jeunesse).

Les salariés de LTC, qui s’étaient mis en grève le 9 décembre, ont repris le travail lundi. Les 600 copies de Hugo Cabret seront bien sur les écrans dans toute la France à partir de demain (information Le Monde du 12.12.11.)

Brian Selznick dans le musée de la Cinémathèque
Brian Selznick, l’auteur d’Hugo Cabret, dans le musée de la Cinémathèque française

Juré au Festival des 3 Continents

Posté dans Cinéma le 4.12.2011 par serge toubiana

Quatre jours à Nantes, où je faisais partie du jury du Festival des 3 Continents, 33è édition. Dix films en compétition officielle, d’un très bon niveau. Les projections s’enchaînent dans la salle 2 du Katorza, salle mythique de la ville. Le public fait la queue, les salles sont pleines, l’atmosphère est joyeuse. Le Festival rend hommage à Arturo Ripstein, cinéaste mexicain dont nous n’avions plus de nouvelles depuis quelques années. Arturo Ripstein était à Nantes avec sa compagne, Paz Alicia Garciadiego, la scénariste de plusieurs de ses films. Il y avait également un hommage à Mani Kaul, cinéaste indien mort le 6 juillet dernier, qui fut l’élève de Ghatak. Sans oublier une programmation liée au centenaire de la Nikkatsu, le plus ancien des studios japonais – reprise dans une édition augmentée (35 films) à la Cinémathèque à partir du 7 décembre.

Le Festival des 3 Continents est en pleine renaissance, animé par une nouvelle équipe dynamique : Sandrine Butteau en est la secrétaire générale, Jérôme Baron le directeur artistique, aidé de Charlotte Garson pour composer la Sélection officielle. Sur les dix films vus, quatre sortent du lot. Saudade (qui obtint lundi dernier la « Montgolfière d’or ») est réalisé par Katsuya Tomita, 39 ans, dont c’est le troisième film. Saudade est un film long et ambitieux, qui tisse avec la réalité japonaise des liens fascinants et complexes, tantôt romanesques tantôt documentaires. On y voit des ouvriers travaillant sur des chantiers dans des conditions épouvantables, d’origines très diverses : Thaïlandais, Coréens, ou Japonais nés au Brésil. Les personnages forment une communauté hétéroclite, hommes et femmes, jeunes et vieux, vivant des trajectoires parallèles. Katsuya Tomita a tourné son film durant plusieurs week-ends, contraint de travailler durant la semaine comme chauffeur routier à Kofu, une ville au centre du Japon. Si le mot « film indépendant » a encore du sens, alors Saudade en est l’expression artistique la plus forte et la plus noble. Le film n’a pas coûté cher, financé par souscription au sein d’un collectif de cinéastes Kuzoku. Il serait vraiment épatant qu’un distributeur français prenne la destinée de ce film en main, et guide son chemin vers nos écrans. C’est une découverte formidable (le film était en compétition au dernier Festival de Locarno). L’autre film impressionnant vu à Nantes est chinois : People Mountain People Sea de Cai Shangjun, un deuxième film (« Montgolfière d’argent »). J’ignore si Cai Shangjun a déjà vu des films de Melville, mais cela me paraît probable. Sécheresse de la mise en scène, cadre large et fixe, composition de l’image maîtrisée, violence assumée. La Chine que l’on découvre n’a rien à voir avec la Chine officielle, soumise au pouvoir communiste et à l’économie d’un capitalisme sauvage triomphant. A moins que ce soit le mélange des deux, dont ce film montrerait en quelque sorte la synthèse : Chine du crime et de la corruption, de la misère provinciale et des coups de grisou dans les mines de charbon. Le héros, Lao Tie, est à la recherche de l’homme qui a tué son frère. Le film se déroule à Guizhou, dans le Sud-Ouest du pays, région montagneuse et grise. Le récit linéaire suit l’enquête que mène le personnage principal, ce qui ne va pas sans surprises et de taille. On se demande comment un tel film a-il été possible et comment a-t-il pu passer la censure. People Mountain… ne sera probablement jamais montré en Chine, tant la réalité qu’il montre est dérangeante, à mille lieux des stéréotypes officiels. La dernière scène, après le coup de grisou (sans doute provoqué par le héros) montre un paysage désolé, dévasté, sous une pluie drue et interminable de fines parcelles de charbon. À couper le souffle. Policeman, de l’Israélien Nadav Lapid, sorti en Israël il y a quelques mois, juste avant les manifestations du printemps contre les inégalités sociales, s’est vu interdire au moins de 18 ans. C’est dire qu’il dérange. Le film se déroule selon une sorte de diptyque, le premier suivant les pérégrinations d’une unité anti-terroriste d’élite de la police, le second un groupe de jeunes activistes israéliens animés d’un idéal révolutionnaire. Autant la première partie relève de l’observation juste, disons même clinique, de ce qu’est dans l’imaginaire israélien la virilité et le comportement musclé de soldats ou policiers dûment entrainés au combat, autant la seconde relève d’une vision romanesque et fictionnelle assez improbable. Ces jeunes hommes et femmes méditent leur coup en répétant gestes et discours, avant de passer à l’acte en prenant en otage, dans le sous-sol d’un grand hôtel, deux milliardaires israéliens à qui ils reprochent d’avoir fait fortune, au nom d’un juste partage des richesses. Dans Policeman, l’ennemi n’est ni l’Arabe ni le Palestinien infiltré, il est celui qui se cache à l’intérieur même des frontières linguistiques et culturelles, un autre mais du même. La fin opère la synthèse logique et inéluctable, le groupe d’assaut venant exécuter froidement son travail. Policeman est dérangeant par son sujet même, et cette manière neutre ou objective de scruter la gestuelle des personnages.

Deux autres films m’ont plu : Flying Fish du cinéaste sri-lankais Sanjeewa Pushpakumara, filmé avec une petite caméra numérique, mais très maîtrisé, montrant les dégâts dus à une interminable guerre civile opposant le gouvernement central à la communauté des Tamouls ; et Girimunho (mention spéciale du jury) réalisé par deux cinéastes brésiliens, Helvécio Marins Jr et Clarissa Campolina (prix du jeune public), conte spirituel d’une grande beauté plastique. Le fait que Nantes ait pu montrer autant de bons films, provenant de pays lointains, est une sacrée bonne nouvelle pour le cinéma. Et Nantes est une ville incroyablement belle et vivante, ce qui ne gâche rien…

 Lire un entretien avec Katsuya Tomita et son scénariste Toranosuke Aizawa, dans le numéro de Mai 2011 des Cahiers du cinéma, ainsi que l’article très informé sur le jeune cinéma indépendant japonais de Terutarô Osanaï.

De passage à Saint-Etienne…

Posté dans Cinéma le 21.11.2011 par serge toubiana

Mercredi après-midi, bref passage à Saint-Etienne, à l’invitation de l’école nationale d’architecture (ENSASE) qui organise la 3è édition des rencontres sur le thème : Éloge de l’ombre. Alain Renaud et Pierre-Albert Perrillat me convient à parler de Fritz Lang. Le matin même, à la Cinémathèque, j’ai accueilli Bernard Eisenschitz venu parler de Fritz Lang, la journée entière, à 400 étudiants de cinéma de plusieurs universités parisiennes (Paris 3, Paris 7, Paris Est, etc.). Bernard Eisenschitz est un spécialiste de Lang, même si le mot spécialiste n’est pas exactement ce qui le définit. Il a passé une bonne partie de sa vie à étudier l’œuvre du cinéaste, à travailler dans les archives à Berlin, Paris et Los Angeles. Celles déposées à la Cinémathèque française par Lang lui-même, au milieu des années 50, concernent sa période américaine. L’exposé de B. Eisenschitz durant toute la matinée consistait à introduire les étudiants dans le dédale ou le labyrinthe que constitue ce fonds d’archives, l’un des plus riches de ceux détenus par la Cinémathèque française. Durant l’après-midi, visite commentée de l’exposition Metropolis, puis ateliers à la Bibliothèque du film. Un moment exceptionnel de formation et de transmission.

L’événement autour de Fritz Lang, inauguré il y a un mois avec la belle exposition consacrée à Metropolis que nous devons à nos amis de la Deutsche Kinemathek de Berlin, se prolongera jusqu’en janvier. Outre la rétrospective complète des films du cinéaste viennois (période allemande + période américaine), une programmation autour des « Cités futuristes ». Bernard Eisenschitz vient de faire paraître une somme, Fritz Lang au travail (aux Cahiers du cinéma), ouvrage approfondi, méthodique et très illustré, fruit de son long et patient travail au sein des archives du cinéaste. Avoir accès aux archives, aux documents de première main, est une chose essentielle, c’est même un luxe extraordinaire qui permet de décrire la méthode de travail du cinéaste. En faire l’analyse ou la synthèse en est une autre. Le point de vue qui préside à ce livre relève d’un savant mélange entre le travail de l’historien et celui du critique. Se servir des archives pour nourrir un point de vue sur l’œuvre, tel est le pari réussi de B. Eisenschitz. À lire absolument.

À Saint-Etienne, Alain Renaud m’accueille à la gare au milieu de l’après-midi. Ce grand gaillard sympathique est philosophe, il a été l’un de ceux qui, à la fin des années 70, ont créé et animé les Rencontres cinématographiques de Saint-Etienne, dont la dernière édition eut lieu en 1983. La mairie était alors communiste, le retour de la droite municipale coïncida avec l’arrêt des Rencontres. Alain Renaud est nostalgique de ces rencontres, il en parle sans cesse, y revient au détour de notre discussion amicale. Il m’emmène dans sa voiture au cinéma Le France, salle municipale qui fonctionne bien, animée par des cinéphiles enthousiastes. Il me présente à la quarantaine d’étudiants en architecture, avant la projection des Trois Lumières de Lang, dont les intertitres allemands ne sont pas sous-titrés. Expérience limite mais nécessaire pour « passer de l’autre côté du miroir » et atteindre à la grandeur poétique et formelle du cinéma allemand des années 20. Le soir, projection de Metropolis dans sa version restaurée, la salle est pleine, le public ébahi de voir ce film aussi hallucinant où l’architecture tient une place aussi essentielle. Le film de Lang s’organise dans l’espace de manière verticale, la ville haute étant réservée au pouvoir, le bas, la ville souterraine, aux classes laborieuses qui avancent, soumises telles des robots vers leurs machines. Lang fait ainsi ressortir les gigantesques décors qui ont servi au film, il en magnifie la beauté en accentuant les perspectives et les volumes, les reliefs. Et puis il y a le ballet, cette incroyable chorégraphie autour des deux héros, Feder le fils du maître de Metropolis, et Maria la jeune femme qui s’occupe des enfants pauvres. L’amour plus fort que le chaos. Le cœur bat et finit par unir les mains et le cerveau – c’est le message étrange et universel du film. Message ambigu qui réunit les extrêmes et abolit les conflits.

Le lendemain matin, avant de me raccompagner à la gare, Alain Renaud tient à me faire visiter les anciennes usines Manufrance, transformées en Centre de congrès. Y sont exposées une centaine de photos de Roger Oleszczak, qui était le photographe des Rencontres cinématographiques de Saint-Etienne. Roger Oleszczak est mort il y a trois ans laissant un énorme fonds photographique d’une richesse extraordinaire (les luttes ouvrières, le déclin des mines de charbon). L’exposition est entièrement consacrée à l’occupation de Manufrance par les ouvriers en grève, au début des années 80, se battant contre la fermeture définitive de l’usine. Les photos sont belles et, trente ans après, elles témoignent de ce que fut la classe ouvrière dans sa gestuelle et sa figuration collective : hommes en blouse très dignes, femmes solidaires, fierté à poser devant les machines, banderoles de la CGT, personnalités politiques de toute la gauche venues rendre visite aux grévistes, manifestations monstres dans les rues de Saint-Etienne, montée à Paris pour tenter d’arracher une victoire sans doute illusoire. Et puis, dans un coin de la salle où sont exposées ces photos de Manufrance, une dizaine de photos, pour moi inédites, où l’on découvre François Truffaut parmi les grévistes. Que venait faire Truffaut parmi les ouvriers en lutte ? Alain Renaud m’explique : Truffaut était l’invité des Rencontres cinématographiques en 1983, il vint et séjourna cinq jours dans la ville. Il présenta son dernier film, Vivement dimanche !, retrouva son vieil ami Jean Dasté, qu’il avait fait jouer dans L’Enfant sauvage et La Chambre verte. Et il demanda à rencontrer les ouvriers de l’usine. Il est là, le visage grave, costume-cravate, une écharpe blanche autour du cou, écoutant les ouvriers devant leurs machines. C’est un Truffaut inédit qui apparaît dans ces belles photos de Roger Oleszczak, tel qu’on ne l’imagine pas. Et pourtant… Ce fut sans doute l’une de ses dernières sorties publiques, un an avant sa mort. Alain Renaud me reparle des Rencontres de Saint-Etienne, il aimerait les relancer, la mairie socialiste l’y encourage. Il y réfléchit, cherche à constituer une équipe. Allez les Verts !

Alain Renaud, Jean Dasté et François Truffaut (photo Roger Oleszczak)

François Truffaut en visite à Manufrance (photo Roger Oleszczak)

Truffaut parmi les grévistes de Manufrance (photo Roger Oleszczak)

Alain Renaud à g., François Truffaut et deux ouvriers de Manufrance (photo Roger Oleszczak)

La réalisatrice iranienne Marzieh Vafamehr condamnée à un an de prison et 90 coups de fouet

Posté dans Cinéma le 11.10.2011 par serge toubiana

Paris, le 11 Octobre 2011

Le 8 octobre 2011, Marzieh Vafamehr, comédienne et réalisatrice iranienne, a été condamnée par le tribunal islamique de Téhéran à un an de prison ferme et 90 coups de fouet.

Nous, le Comité de Soutien aux Cinéastes Iraniens Emprisonnés, protestons fermement contre cette inculpation.

Marzieh Vafamehr a été arrêtée au mois de juin 2011 par la police politique du gouvernement iranien, et libérée fin juillet après avoir payé une caution dont le montant n’a pas été révélé. Marzieh Vafamehr est actuellement détenue à la prison « Ghartchak-Varamine » dans la banlieue de Téhéran.

Son seul délit est d’avoir participé à la production d’un film jugé immoral, Téhéran, ma foire. Le film, coproduit par l’Australie et réalisé par Granaz Moussavi, raconte l’histoire d’une jeune actrice vivant à Téhéran dont la pièce de théâtre est interdite par les autorités. Elle se voit contrainte de vivre clandestinement pour s’exprimer.

Bien que bénéficiant de l’autorisation de production du ministère de la culture et des mœurs islamique, ce film était distribué à travers le marché noir de DVD à Téhéran.

Le juge chargé du dossier de Marzieh Vafamehr a conclu que l’accusée n’avait pas respecté les droits religieux de la constitution iranienne. L’avocat de l’accusée a demandé aux autorités judiciaires la révision du procès.

Son mari, Naser Taghvaï, metteur en scène iranien de renommée internationale, a demandé à l’Organisation des Nations Unis de veiller à la condition de détention des cinéastes et artistes emprisonnés et de défendre leurs droits humains.

Le Comité de Soutien des Cinéastes Iraniens Emprisonnés demande aux instances internationales et aux organisations de défense des droits de l’homme de condamner l’inculpation de Marzieh Vafamehr par le tribunal islamique de Téhéran.

Nous apprenons par ailleurs que les deux cinéastes iraniens Nasser Saffarian et Mohsen Shhnazdar ont été libérés sous caution, et seront bientôt jugés par un tribunal.

Comité de soutien aux Cinéastes Iraniens

La Cinémathèque française, le Festival de Cannes, la SACD, la SRF, France Culture, l’ARP, la SCAM

cinemairan@ymail.com

Gérard Depardieu reçoit le prix Lumière 2011 à Lyon

Posté dans Cinéma le 9.10.2011 par serge toubiana

Retour à Lyon, ce samedi, pour l’hommage à Gérard Depardieu, qui recevait hier soir le Grand prix Lumière 2011 pour l’ensemble de son œuvre. Dans l’après-midi, dans une des salles du Pathé Bellecour archi pleine, l’acteur est venu présenter Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat, Palme d’or au Festival de Cannes en 1987. Depardieu évoqua le tournage, la méthode, ou plutôt l’absence de méthode de Pialat, qui commençait à tourner lorsque la feuille de travail était épuisée, en fin de journée. Le reste du temps, ça parlait, ça parlait, ça riait, Pialat ayant tout un art de différer le moment de tournage. D’attendre la bonne heure, que lui seul percevait et qui ne correspondait jamais avec les horaires prévus. Daniel Toscan du Plantier, le producteur du film, lorsqu’il venait sur le tournage (dans le Nord, non loin de Boulogne-sur-Mer) trouvait souvent l’équipe technique occupée à ne rien faire, et Pialat et Depardieu en train de manger, de boire des coups, de discuter. De tout et de rien. De la vie qui passe. Et puis, dans un sursaut d’énergie, l’équipe se mettait en place et les scènes se tournaient en deux heures, tardives et supplémentaires, plutôt qu’en huit comme prévu. Pialat avait ce don – qui en irritait plus d’un – de laisser entrer la vie, mais aussi les crises, sur son plateau de tournage. Il avait en horreur que les choses se déroulent normalement, comme prévu, dans une sorte d’indifférence ou de routine ; il fallait qu’au moment où « ça tournait », quelque chose d’exceptionnel se déroule et vienne perturber la scène. C’était tout l’art de Maurice Pialat.

Depardieu a évoqué hier une des scènes parmi les plus intenses du film, celle où Pialat (qui joue Menou-Segrais) dit à L’abbé Donissan (Depardieu), au moment où celui-ci le quitte pour aller rejoindre la nouvelle paroisse où il est affecté, cette fameuse phrase de Bernanos : « Comme je me sens vieux, comme je me sens peu fait pour l’être. Jamais je ne veux savoir être vieux ». Pendant la prise, le cheval attaché à la carriole qui doit emporter Depardieu se met à chier. La prise faite, l’acteur se croit obligé de dire au metteur en scène : « Il a chié. Quoi ? Le cheval, il a chié. » Au-delà de l’anecdote – qui fit rire toute la salle – il y aurait ceci de plus sérieux à dire à propos du film, l’un des quatre réalisés par Pialat avec Depardieu : dans Sous le soleil de Satan, c’est presqu’autant Gérard Depardieu qui dirige Maurice Pialat acteur que l’inverse. Car Pialat n’était pas vraiment rassuré de jouer le rôle de Menou-Segrais et, si l’on revoit le film, et tout particulièrement cette scène des adieux, on voit bien dans le regard de Pialat acteur qu’il cherche de manière à peine visible l’acquiescement de son acteur. C’est aussi le miracle de ce film, pur joyau du cinéma français.

Le soir, après la projection de La Femme d’à côté, Bertrand Tavernier a prononcé un très bel hommage à Depardieu, sincère, profond, émouvant. Voyant chez cet acteur, sous la couche apparente de la force et de la puissance, la fragilité et la grâce. J’ose ajouter l’enfance. La bande annonce, longue de plusieurs minutes et faite d’une multitude de courts extraits de films dans lesquels Depardieu a joué, donnait en quelque sorte le vertige. Combien de films ? Combien de rôles ? Impossible de les compter tous. Depardieu a tout joué, il est passé par tous les états possibles, états d’âme, états physiques, jeune et moins jeune, jeune premier et acteur confirmé, jouant les voyous, les rebelles, généreux avec le cinéma, Tout le Cinéma : passant d’un genre à l’autre, d’une époque à une autre, de Pialat à Truffaut, de Ferreri à Corneau et Rappeneau, de Veber à Duras, de Miller à Blier, sans oublier Bertolucci, Sautet, Wajda, Rouffio, Zidi, Girod, Berri, Téchiné, Ozon, Giannoli, plus récemment Chabrol et tant d’autres encore. Incroyable disponibilité, incroyable capacité de métamorphose, incroyable humilité, et grande fidélité à lui-même et à une langue d’acteur. Par-delà les changements et la fuite du temps. Dans l’immense amphithéâtre du Centre de Congrès, devant 3000 spectateurs émus et enthousiastes, l’acteur reçut des mains de Fanny Ardant, avec humilité et humour – deux traits de son caractère – le prix Lumière 2011, entouré de nombreux amis rassemblés sur la scène. Il remercia la ville de Lyon et le Festival Lumière, ses organisateurs ; il y avait une tonalité grave dans ses propos, sans doute le spectre de « ses chers disparus » – Pïalat, Truffaut, Corneau, Ferreri… Il évoqua Truffaut qui tourna dans l’urgence La Femme d’à côté, tout à la joie de diriger Fanny Ardant dans son premier rôle au cinéma, et de filmer ce couple à l’écran : « ni avec toi ni sans toi ». Sur scène Depardieu tenait l’actrice contre lui, immense et protecteur. C’était beau à voir.

Lyon, Ville Lumière

Posté dans Cinéma le 7.10.2011 par serge toubiana

Deux jours à Lyon, à l’occasion du festival Lumière 2011 qui en est à sa troisième édition. Il fait beau, en ce lundi après-midi, et la ville est splendide. C’est fou ce que Lyon a embelli, en quelques années. La soirée d’ouverture se tient dans la halle Tony Garnier, pleine à craquer. 4500 spectateurs sont venus découvrir The Artist de Michel Hazanavicius, en présence du réalisateur, des deux vedettes du film, Jean Dujardin et Bérénice Bejo, accompagnés du producteur Thomas Langmann. Auparavant, Thierry Frémaux, maître de cérémonie, fait applaudir les nombreux invités, de Stephen Frears à Jean-Paul Rappeneau, en passant par Benicio Del Toro, Jerry Schatzberg, Nelly Kaplan, Agnès Varda, Claude Lelouch, Luc Dardenne, Fatih Akin, Marthe Keller, Anouk Aimée, Micheline Presle, Carole Laure, Nicolas Saada, Yousry Nasrallah, Andrzej Zulawski, et bien sûr Bertrand Tavernier, président de l’Institut Lumière. Ce festival a ceci d’original qu’il programme des films anciens, de différentes époques, restaurés par des archives ou cinémathèques, et par des sociétés de production soucieuses de préserver les films de leur catalogue, des classiques du cinéma, auxquels s’ajoutent des hommages et des avant-premières. Cette année, 14 films de William Wellman, une intégrale Jacques Becker, une programmation de films Yakuza, la présence de Roger Corman, celle de Kevin Brownlow, entre autres. Et Gérard Depardieu, qui recevra ce week-end le Prix Lumière, remis il y a deux ans à Clint Eastwood et l’an dernier à Milos Forman.

À Lyon, la Cinémathèque française est à l’honneur avec trois restaurations : Le Sauvage de Jean-Paul Rappeneau, restauré avec Studio Canal et le soutien du Fonds Culturel Franco-Américain. Le Quai des brumes de Marcel Carné, magnifique restauration (image + son) assumée par Camille Blot-Wellens pour le compte de la Cinémathèque et Studio Canal, toujours avec le soutien du Fonds Culturel Franco-Américain. Enfin, Lumière d’été de Jean Grémillon, qui appartient au catalogue SNC (du groupe M6), dont la très belle restauration a été supervisée par Ellen Schafer.

Lundi soir, The Artist a enchanté le public lyonnais. L’ovation a duré plusieurs minutes. Michel Hazanavicius est revenu sur scène, entouré de ses deux acteurs, et l’on sentait le trio ému de voir (et d’entendre) combien leur film était aimé. Il n’est pas courant qu’un film soit vu en même temps par autant de spectateurs, c’est aussi la particularité qu’offre ce festival.

Quelques amis font la fine bouche devant The Artist, reprochant au film d’être l’œuvre d’un copiste talentueux. Selon moi, The Artist est bien plus que cela : c’est un film fait avec beaucoup de précision et d’amour, sans aucune faute de goût. Aucune vulgarité. Ce n’est pas courant dans le cinéma populaire français, souvent racoleur, peu soigneux et sans la moindre trace de mise en scène. The Artist est fait avec soin, et tout dans le moindre détail relève d’une vraie connaissance du cinéma muet de la fin des années 20. Non seulement une connaissance, mais une vraie passion du cinéma de cette époque, celle du passage au parlant. Michel Hazanavicius a visionné un grand nombre de films de l’époque, américains et français, et il manifeste un incroyable talent pour en reconstituer le rythme ou le tempo, en composer les plans et le cadrage, le format, la gestuelle des acteurs, les mimiques, et jusqu’au moindre figurant. Un film de 1927, comme si on y était. Les voitures, les rues de Los Angeles, les costumes, les tournages, le gros producteur fumant son cigare (l’excellent John Goodman), les assistants et leur porte-voix, tout fonctionne dans le registre de la reconstitution. Simple exercice mimétique ? Il me semble que The Artist est bien plus que cela : une déclaration d’amour au cinéma, interprétée avec joie et entrain par deux excellents acteurs, Jean Dujardin et Bérénice Bejo. Sans oublier le chien, ce chien qui joue aussi bien que son maître, et qui lui sauve la vie. Je n’en dis pas davantage, le film sort en salles mercredi prochain.

1931, c’est l’année où William Wellman réalise ce pur chef-d’œuvre : Other Men’s Women, l’histoire d’un amour à trois, qui joue sur la frontière de la comédie et du mélodrame. Bill White (Grant Withers) et Jack Kulper (Regis Toomey) sont cheminots et conduisent la même locomotive : les meilleurs amis du monde. Bill est célibataire, fêtard et séducteur, tandis que Jack est marié à Lily (sublime Mary Astor). Bill vient s’installer chez Jack et Lily, l’ambiance est légère et gaie, Lily et Bill s’entendent à merveille, se chamaillent comme frère et sœur. Un matin où Jack a quitté la maison, Lily remarque qu’un bouton manque à la chemise que porte Bill. Elle le lui recoud, leurs visages sont si proches l’un de l’autre… Ça commence comme un jeu, Bill enlace Lily, l’amour est plus fort que l’amitié. Vont-ils l’avouer à Jack ? Lorsque celui-ci revient, Lily est affairée à la cuisine, elle sort du four le rôti qu’elle a fait cuir et lui demande de couper la viande. La table est mise pour trois, Jack appelle Bill, pas de réponse. Il le cherche, va dans sa chambre et comprend que Bill est parti. Lorsque les deux amis se retrouvent sur leur locomotive, une explication a lieu, ils se bagarrent violemment, Jack tombe, c’est l’accident. Le film bascule dans le mélodrame. Jack est aveugle, il ne veut plus (ne peut plus) voir Bill. Comprenant que Lily se dévoue pour lui, il lui demande de partir, d’aller chez ses parents. Bill reprend son travail, Jack fréquente la petite communauté de cheminots, joueurs et bons buveurs. Un terrible orage s’abat sur la région, la rivière déborde et menace de tout emporter. Bill se bat pour convaincre son chef qu’il peut conduire la locomotive jusqu’au pont, menacé d’être emporté par le torrent d’eaux. Il y parvient. Mais Jack s’est lui aussi décidé, on le voit marchant à tâtons, sous une pluie battante, jusqu’au train qu’il va conduire lui-même. Aveugle, il connaît le chemin par cœur et se guide au toucher. Les deux anciens amis se retrouvent dans la situation qu’ils connaissent par cœur : être ensemble sur leur locomotive. Cette fois, c’est Jack qui assomme Bill et le jette hors du train. À l’aveugle, Jack conduit la locomotive jusqu’au pont, risquant le tout pour le tout. Le pont s’effondre. Lily revient dans la petite ville et s’arrête au bistrot de la gare. Bill est là, comme à son habitude lorsque la locomotive qu’il conduit traverse l’endroit. Le regard qu’ils échangent en dit long sur l’absence de culpabilité qui imprègne, tout du long, le film de Wellman. Chacun a ses raisons, disait Renoir…

Le même jour, j’ai vu Les Forçats de la gloire (Story of G.I. Joe), réalisé en 1945 par William Wellman, magnifique film de guerre qui a inspiré Samuel Fuller et beaucoup d’autres cinéastes américains. Avec Robert Mitchum, et Burgess Meredith dans le rôle d’un correspondant de guerre. Film d’une force et d’une incroyable modernité. À l’Institut Lumière, les spectateurs, très nombreux, en étaient médusés.